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Quartier Saint Sauveur : Terrain vague à l’âme

15 novembre 2010

 

A gauche, une usine surmontée d’une cheminée et une rangée de maisons bien alignées. En face, une haute barre à la rigueur stalinienne en domine deux autres plus modestes. A droite, les entrepôts de l’ancienne gare de marchandises de Lille et un bâtiment de briques rouges en rénovation. Derrière, des immeubles neufs en damier gris et vert fluo affichent à chaque balcon des pancartes « A Louer ». Autour, des grues. Une, deux, trois, quatre, le quartier mue.  En l’air, le métro aérien traverse le terrain vague presque silencieusement. Il se mêle au bruit de fond des travaux, aux injonctions des ouvriers et aux quelques oiseaux. Au centre, une jungle urbaine où les touffes de verdures gagnent du terrain sur le béton. Marguerittes, pâquerettes, pissenlits, paquets de clopes, vieux bidons, gaines en plastique, caddie, composent le paysage.

Un couple surgit avec un carton. Que font-ils ? « C’est des lapins. On les remet en liberté ». Lionel et Christine n’ont plus les moyens de garder la mère et ses six petits. La ferme, la SPA, personne n’en veut. On leur a conseillé de les vendre sur internet, mais internet, ils ne l’ont pas. Entre deux buissons ils déposent leur boite. Les petites boules blanches n’osent pas sortir. « Ca fait mal au cœur, mais au moins ici, ils ont de quoi manger » lâche Lionel. Plus loin, on entend un chien. « Ce sont des SDF et des toxicos qui squattent l’entrepôt» prévient-il.

Celui-ci est entièrement tagué. Ici un graffiti de Bob Marley, là un tag: PAVOL, PROXE, PROIASK. A l’intérieur un skatepark de fortune a été aménagé et de vieux wagons de marchandises servent de refuge. Il fait froid. Un homme entre deux âges approche. Il s’appelle Jean-Paul, se présente comme le fils de la famille de voyagistes Weestel, « des bourgeois » dit-il en sortant sa carte bleue comme preuve. Jean-Paul Weestel est venu nettoyer son wagon, il emménage ce soir.

Cela fait trois semaines qu’il réside en foyer après avoir perdu son appartement à Douai, mais maintenant il doit le quitter car sa chienne, Lassie, pose problème. Il a fait plein de choses dans sa vie, il a même été éducateur social dans des quartiers défavorisés. En pestant après une société désunie, sans respect, il confie avec émotion qu’il boit un peu « pour se donner le courage de faire la manche ». De plus en plus de gens sont obligés de survivre ici comme lui, à deux pas d’autres entrepôts réaménagées en centre artistique en 2009, la nouvelle gare Saint-Sauveur.

 

Crédit photo 1 : http://www.wikimedia.org

Crédit photo 2 : http://www.atypictural.com

 

Écrit dans le cadre d’un exercice « Choses vues et entendues » à l’ESJ

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