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Première pièce de François Bégaudeau : Quatre consciences et un problème

10 janvier 2011

« Je quitte le foyer les gars ». Voilà l’explication donnée en substance dans la lettre d’adieu de cette mère de famille à son mari et ses deux enfants. Elle résume bien le ton de François Bégaudeau, écrivain multi casquettes, auteur du roman Entre les murs, adapté en film en 2008. Il réalise là sa première pièce mise en scène par Arnaud Meunier. Le sujet : une quadra qui voit son couple se déliter décide de quitter la maison pour s’installer avec son amant, quoi de plus cliché ? Pourtant, ici le banal n’a rien d’ennuyeux, il devient matière à réflexion.

Bégaudeau situe son histoire dans une famille bourgeoise où l’on parle. D’ailleurs, la mère, jouée par Emmanuelle Devos semble moins rentrer chez elle pour se justifier que pour parler. Et l’on parle de tout, en famille, avec le père, Jacques Bonnaffé, un fils déjà adulte joué par Alexandre Lescroc et une grande ado sous les traits d’Anaïs Demoustier, tout trois comédiens talentueux de la région. On en parle avec une finesse intellectuelle et des mots triviaux. Le décor sert la simplicité de la séquence. Un salon qui donne sur une cuisine américaine où on s’apprête à prendre le repas. Les tons sont neutres, tout est propre, lisse, vide, pour laisser la place au drame qui va se jouer en une heure. Des éléments instillent déjà l’anormal tel ce canapé trop long ou ce vélo d’appartement qui ne mènera nulle part. Cette structure de bois qui délimite un cadre figé, joue le rôle d’une lentille grossissante qui nous donne à voir cette famille, prête à imploser.

Le problème arrive dans sa robe rouge. Le problème c’est cette épouse, cette mère de famille qui s’émancipe pour n’être plus que femme. Le problème l’envie de vibrer, la quête de bonheur qui rend forcément égoïste. C’est l’opposition homme/femme, les personnages se rangeant naturellement derrières ces barrières invisibles. C’est aussi la confrontation à la sexualité de ses parents, dans ce déballage tranquille où on apprend en riant et la larme à l’oeil que les parents ne couchent plus, que maman a comme amant son supérieur et que papa a déjà eu une aventure. Le problème se dissout dans la parole libératrice. Au sein de l’intimité partagée d’une famille fantasmée par Bégaudeau, qui ne crie pas, qui s’écoute et qui se respecte même si elle ne se comprend pas.

Emmanuelle Devos emplit l’espace de sa présence vaporeuse, son jeu est distant mais sensible. On fait son procès mais elle n’est déjà plus là. La forte présence physique de Jacques Bonnaffé compense son absence, lui a déjà accepté. La nervosité du fils qui lance la dynamique du débat irrite et touche à la fois. Quand à la jeune Anaïs Demoustier, légère mais lucide, elle apporte la drôlerie comme rempart à la souffrance.

En une heure, on relève treize occurrences du terme « problème ». Porte-bonheur ou porte-malheur, le chiffre symbolise l’ambivalence. Bégaudeau mélange finesse, humour et noirceur pour provoquer un malaise propice au questionnement.

 

Au Théâtre du Nord du 6 au 16 janvier, puis au Théâtre du Rond-Point à Paris, du 23 février au 3 avril.

Crédits photos : LibéLille

Écrit dans le cadre d’un exercice de critique de théâtre à l’ESJ

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