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Exposition du photographe Alain Keler : Parias, les Roms en Europe

7 février 2011

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Alain Keler à Morangis! Mon sang n’a fait qu’un tour. Ma grande idole journalistique dans ma ville, paisible bourgade de 11836 habitants surtout connue pour sa zone industrielle et son golf à 9 trous. Morangis, dont les derniers évènements marquants furent les concerts de Dave et de Boney M. Vous comprenez ma joie. Reporter sans frontières ; Lille – Paris – Massy-Palaiseau – Morangis ; j’accoure.

Un photographe engagé

J’ai découvert Alain Keler dans la Revue XXI. J’ai immédiatement été séduite par le concept de BD-photo-reportage. Alain Keler est croqué en petit personnage sympathique qui nous entraîne sur le terrain, suivre ses reportages sur les Roms. Pour raconter cette histoire, la BD laisse la place tantôt à ses photos en noir et blanc, tantôt aux crayons de son comparse Emmanuel Guibert, le dessinateur de la très bonne trilogie Le Photographe, complété par les couleurs de Frédéric Lemercier. C’est un très bon moyen d’accrocher le lecteur et de l’intéresser aux Roms, sujet complexe et polémique.

Alain Keler photographie les Roms depuis longtemps. C’est en s’intéressant aux minorités de l’ex-bloc communiste qu’il rencontre la « minorité des minorités ». Il fait le rapprochement entre leur situation actuelle et celle des juifs avant la guerre et fait part, sur un panneau à l’entrée de l’exposition, des clés de son engagement :

“ En juillet 1999, alors que les forces serbes venaient de quitter le Kosovo, et que les soldats de l’OTAN patrouillaient dans les rues encore vides de leurs habitants albanais expulsés massivement par le gouvernement de Slobodan Milosevic, je photographiais des maisons qui brûlaient. C’étaient des maisons de Roms. Avant la dernière guerre, la plus grande minorité en Europe était les Juifs. Mes grands parents, Juifs polonais, sont arrivés en France au début du vingtième siècle pour fuir pauvreté et racisme, ils furent déportés avec une de leur fille de 13 ans. Les juifs des villages, des ghettos, et les Roms partageaient l’exclusion des sociétés dans lesquelles ils vivaient. Ils étaient aussi misérables les uns que les autres. Et puis il y a eu Auschwitz. Juifs et Roms y ont vécu l’enfer. Aujourd’hui, les Roms sont la plus grande minorité du continent européen. Ils sont toujours aussi misérables et indésirables. Dans ce nouvel espace européen conçu pour éviter que recommencent les folies des hommes, des politiques d’état les stigmatisent. Rejetés par la pauvreté et la haine dans leurs pays, vulnérables et fragiles, à la recherche d’endroits pour souffler, ils deviennent ici et là un enjeu électoral.”

Les parias de l’Europe

L’exposition est modeste : une vingtaine de photos en noir et blanc prises entre 1999 et 2010, en Europe de l’Est et en France et deux planches de dessins. Le point commun à toutes ces photos : l’attente, le rejet, l’abandon. En République tchèque, des groupes néo-nazis manifestent au pied des HLM où vivent des Roms pour montrer qu’ils sont chez eux. La tension est palpable, le drame semble imminent. En Slovaquie, le village Rom de Letanovce, plus que centenaire est menacé de destruction. Ses habitants l’ont nommé le “camp d’Auschwitz”. Les enfants jouent au milieu de baraquements de bois d’un autre temps avec en fond, la forêt du Parc du Paradis Slovaque dont l’état compte développer le potentiel touristique en chassant les Roms.

Une réalité qui existe aussi bien plus près, chez nous, aux portes de Paris. Celle des camps démantelés par ordre de Brice Hortefeux cet été, pour cacher la poussière sous le tapis. A l’instar du village de Hanul de Saint-Denis, un des plus anciens, détruit le 6 juillet dernier. Alain Keler nous montre les visages soucieux de ces jeunes qui nous ressemblent, réunis devant la mairie, ne sachant que faire. A quelques encablures de Morangis, c’est le camp de Massy-Palaiseau qui est évacué le 10 mars 2010. On apprend que ces Roms sont logés dans un gymnase prêté par la ville avant leur expulsion assortie d’une interdiction de revenir de dix années. Pourtant, le statut des ressortissants roumains fixé par l’Union européenne leur permet de rester en France en toute légalité, mais ne leur ouvre aucun droit de logement, de travail ou de couverture maladie. L’oeil du photographe s’attarde aussi sur ces moments de calme, comme sur ce grand format où des enfants jouent dans un champ, seuls au milieu de la nature. Il aime aussi photographier les femmes et parvient à capter l’expression particulière de leur regard, intense.

Je suis bien contente que cette expo ait lieu à Morangis où régulièrement des camps de Gens du voyage s’installent entraînant crainte et amalgame. Une morangissoise d’une cinquantaine d’années me confie qu’elle ne sait pas quoi en penser. Elle est touchée par l’humanité des photos mais ne peut s’empêcher d’avoir en tête des clichés qu’elle juge vrais dans une certaine mesure. Au moins, l’expérience lui permet de s’interroger. Alain Keler vient de sortir un livre aux éditions Les Arènes : Des nouvelles d’Alain, qui compile les reportages parus dans XXI. Il conclue par cette citation riche de sens pour nous autres, apprentis journalistes : « Les solutions passent d’abord par les constats et pour constater, il faut aller voir de plus près. C’est ce que je fais, à mon rythme, selon mes moyens ».

Vive Morangis et vive Alain Keler! Si tu m’entends du fond des limbes webiennes, sache que je veux encore avoir de tes nouvelles…

Pour découvrir le travail photographique d’Alain Keler à l’agence MYOP, c’est ici.

 

Exposition à l’Espace Saint-Michel du 22 janvier au 6 février 2011.

2, rue du Général Leclerc
91420 Morangis.
Infos : 01 64 54 58 16

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