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MÉMOIRE DE L’ANTISÉMITISME EN POLOGNE

28 février 2011

Du 17 au 20 janvier, une classe de lycéens des Yvelines (78) s’est rendue en Pologne pour visiter les camps d’Auschwitz. Un voyage encadré par l’association Mémoire et vigilance des lycéens d’Arlette et Charles Testyler, tout deux rescapés de la Shoah. L’occasion de revenir aussi sur le rôle ambivalent de la Pologne envers les juifs.

  Le cimetière juif derrière la synagogue de Rem’’ou, la dernière en activité dans le quartier juif de Kazimierz à Cracovie, c Eléonore Sok.

Charles Testyler a souffert de l’antisémitisme dans sa chair. Né en 1927 en Pologne, de parents juifs polonais il a été déporté en 1942. Interné dans sept camps différents jusqu’en 1945, Charles a survécu. Suite au pogrom de quarante juifs perpétré par les Polonais à Kielce en 1946, Charles, part s’installer en France. Aujourd’hui en visite avec les lycéens pour son association, il a mis cinquante ans pour revenir dans son pays natal.

Quand il l’a quitté, il ressentait une haine envers les Polonais qui l’a longtemps habité. Il se souvient de son enfance dans le village de Slawkow où l’antisémitisme était palpable même à l’école : « Ma maîtresse m’avait humilié en classe. Elle avait dit que je sentais mauvais, que je sentais l’oignon. Pour me punir, elle m’a forcé à m’agenouiller devant le crucifix pendant une heure ». Dans sa classe, ils étaient une dizaine d’enfants juifs bien intégrés.

Pourtant, quand le prêtre passait, ses camarades polonais arrêtaient de jouer avec eux. Charles reconnaît que les Polonais ont beaucoup souffert pendant la guerre, puis sous le régime communiste. Selon Charles, l’antisémitisme ne provenait pas de la classe populaire, mais du clergé. « C’était les prêtres qui stigmatisaient les juifs en arguant qu’ils avaient tué Jésus. »

 

« Ils n’étaient pas tous antisémites »

Dans la seule synagogue encore en activité à Cracovie, au centre des jeunes,  le responsable de la communauté juive locale tient un discours de réconciliation : « Je n’utiliserais pas le terme d’antisémitisme, parce que je devrais me prononcer alors contre ceux à qui je dois la vie ».

En 1942, Tadeusz Jakubowicz est envoyé avec sa mère dans le ghetto de Cracovie. Déporté en 1943,  dans le camp de Plaszow, à l’extérieur de la ville, il vit sous le joug du terrifiant commandant Amon Goeth, incarné par Ralph Fiennes dans le film de Steven Spielberg, La Liste de Schindler. Il retrouve son père dans le camp et parvient à s’enfuir avec ses parents. Tous les trois se cachent dans la forêt, aidés par des Polonais.

Pour Jakubowicz : « ce qui compte c’est la vérité. Il faut dire ce qui est. Beaucoup d’entre eux ontrisqué leur vie pour nous. Tous les polonais n’étaient pas antisémites ». L’hostilité envers les juifs, essentiellement inspirée par le clergé, cède la place à un esprit de tolérance avec le concile Vatican II en 1962. « Avec le Pape Jean XXIII, le discours du Vatican sur les juifs a changé. On a cessé de nous tenir responsable de la mort du Christ. »

Charles Testyler a fondé l’association Mémoire et vilgilance des lycéens en 1995 pour transmettre aux jeunes la mémoire d’un rescapé de sept camps de la mort, c Esj.

« La concurrence des mémoires »

« Quelqu’un qui souffre ne voit que sa souffrance » fait remarquer Dorota Kuczynska dans les allées de Birkenau. Guide sur les camps d’Auschwitz et Birkenau depuis 13 ans, elle raconte l’anecdote de ces lycéens polonais en visite au camp qui lui lancèrent : « Pourquoi ne parlez-vous que des juifs? Les Polonais aussi ont souffert. » Dorota fait face tous les jours à l’épineux problème de la « concurrence des souffrances et des mémoires ».

Dorotha Kuczinka, guide à Auschwitz, c ESJ.

Une question revient souvent ; pourquoi les polonais n’ont pas réagi davantage face àl’horreur des camps, surtout ceux qui habitaient juste à côté ? Dorota rétorque : « Qu’auriez-vous fait, vous, si une famille de juifs avait frappé à votre porte, pour se cacher? » Elle explique que la Pologne était occupée par les Nazis. Que les Polonais qui aidaient des juifs risquaient la peine de mort. Alors Dorota ne répond qu’une chose : « Aujourd’hui, il est facile de juger ». Pourtant, des Polonais ont aidé les juifs. Le musée de Yed Vashem reconnaît 6000 Justes parmi les Nations en Pologne, le nombre le plus important en Europe.

Il faut attendre la chute du régime communiste en 1989 pour que la Pologne entame son travail de mémoire. Notamment avec des programmes éducatifs rétablissant la vérité historique. Les visites des deux camps sont devenues obligatoires pour tous les élèves de 14 ans. D’après la guide : « aujourd’hui, les jeunes sont mieux éduqués, plus tolérants ». Aujourd’hui à Varsovie, face au monument de la Révolte du ghetto, le musée de

l’histoire des juifs polonais est en construction. Il deviendra le premier musée juif en Europe. Entamé en 2007 et prévu pour 2009, le projet traîne, mais Charles est patient. Il contemple les grues avec sérénité. 

Piotr Czarzasty et Eléonore Sok-Halkovich

Écrit dans le cadre d’un voyage scolaire à Auschwitz.

 

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