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CAMBODGE – Quand la jeunesse cambodgienne adopte la sape coréenne

14 août 2011

Les jeunes cambodgiens sont des fondus de mode coréenne qu’ils adoptent et adaptent pour le meilleur et parfois pour le pire.


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Derrière le lourd rideau de velours, une puissante musique assaille le tympa. Les habitants de cette étrange planète sont tous adolescents. Ils fument, ils boivent, se roulent des pelles dans l’ombre, avachis dans de profonds sofa. Aux premiers beats éléctroniques du girls band sud coréen 2NE1, ils se ruent sur la piste pour se déhancher en rythme. Il est quatre heures de l’après-midi. Bienvenue au club Free World, situé au premier étage du centre commercial Pencil Market, « the place to be » pour les addicts du style coréen.

Une jeune fille sort un instant prendre l’air. Son style est particulièrement étudié : elle a de longs cheveux auburns, des lentilles marrons, du gloss rose bonbon, une peau claire moulée dans une robe violette avec un gilet au col en fausse fourrure, perchée sur de longues jambes aux talons aiguilles. Nine a 19 ans. Elle s’intéresse à la mode coréenne depuis un an, depuis qu’elle est fan de K pop, la pop coréenne. Ses groupes préférés, Girls Generation et Kara, mettent en scène des jeunes femmes sexy qui dansent et chantent sur un mélange de paroles en coréenn et en anglaise. « Tout le monde veut être coréen parce qu’ils ont de grands yeux, une peau claire et de beaux cheveux« , assure-t-elle.

Dee, propriétaire de la boutique Honey Shop

Comme de nombreux jeunes branchés, Nine achète la majorité de ses vêtements au Pencil Market situé rue 214. Dans les allées du mall, de petites boutiques colorées s’alignent gaiement. Dee, le propriétaire du magasin Honey Shop est la réplique exacte de ses jeunes clients coréemaniacs. Il décrypte la Bible de ce style venu du Nord : jeans slims pour les hommes, tee-shirt bariolé, petite veste cintrée, en jean ou en cuir pour une touche rock and roll. De grosses baskets flashy complètent le look avec pourquoi pas, une large casquette. La coupe de cheveux est essentielle : teinture blonde ou rouge et mèche oblique qui cache mystérieusement un œil.

Les femmes peuvent porter aussi bien le short que la robe. Plus c’est court mieux c’est. Les accessoires sont fortement recommandés : bijoux en plastique, grosses montres, lunettes mouche et bandeau dans les cheveux. Les talons hauts sont de rigueur mais l’option baskets de mecs est aussi possible pour un style plus hip-hop. Les ongles, s’ils ne sont pas surmontés de brillants kitsch, sont au moins ultra colorés. Et pour coréaniser un regard, (qui a dit que les asiatiques avaient tous les yeux noirs?), rien de tel que des lentilles de contact de couleur que l’on trouve ici à seulement 4$.

Une robe achetée au Pencil coûte environ à 20$, beaucoup plus cher que sur les marchés où les cambodgiens s’habillent en grande majorité. A la boutique Li Da Collection, un jean slim revient à 12$ et une paire de basket à 10$. Tous les vêtements vendus ici sont importés de Thaïlande ou de Chine. Rien ne vient de Corée, l’importation est trop onéreuse. Nana, une amie de Dee nous fait faire le tour des boutiques. Devant le stand de lentilles, elle chuchote : « La propriétaire dit que les lentilles viennent de Corée alors qu’elles viennent de Thaïlande, comme ça elle peut vendre plus cher ». Au Pencil market, un total look coréen coûte au moins 50$. « Il faut être riche pour être à la mode. C’est davantage un style pour la classe moyenne », confirme Dee.

Heureusement pour les impécunieux, la coupe de cheveux est bon marché au Cambodge. On peut se faire tailler la mèche à chaque coin de rue. Il existe aussi des salons réservés aux initiés dont les adresses circulent grâce au bouche à oreille. Le salon Korean Style Hairdresser, situé sur le boulevard Kampuchea Krom, est de ceux-là. Le cocon rose toujours bondé est dirigé par Seyha Kea, la star du coup de ciseau à 2$. Il tient ses secrets d’un maître coréen qui lui a enseigné son art durant six mois en Thaïlande.

« Je crée les style moi-même », déclare-t-il occupé à effiler la touffe d’un jeune client. « Je trouve l’inspiration à la TV ou dans des magazines de mode », comme Ray, un célèbre magazine thaïlandais et le japonais My Idol. Sous ses doigts, Di Ca, un habitué : « Ici c’est vraiment à la coréenne, j’aime le style coréen », déclare-t-il. « Je ne sais pas pourquoi j’aime, peut-être parce que les plus connus en Asie sont les coréens ».

Sur le satellite K-pop, on trouve aussi des fans qui vivent leur passion en secret, comme Sophea, étudiante à l’université Pannasastra. « Pour moi, c’est interdit de m’habiller comme ça et mes parents ne m’autorisent pas à sortir beaucoup », dit-elle durant une pause méritée devant de club Free World. « Mes parents désapprouvent le style des jeunes, ils pensent que nous nous contentons de suivre les étrangers ».

Tandis que certaines famille voient la permanente rouge d’un mauvais œil, d’autres apprécient et soutiennent les goûts de leur progéniture. C’est le cas de la mère de Li Da Chen, une poupée de 21 ans à la robe à fleur et aux hauts talons qui tient une boutique au Pencil market. « Je suis heureuse que ma fille soit moderne », déclare Kim Houy Chen fièrement. « Je la laisse faire ce qu’elle veut, son père aussi et personne n’a rien à dire dans la famille. Ses vêtements sont peut-être coréens mais au fond elle reste cambodgienne ».

Li Da Chen devant sa boutique au Pencil Market

Pour Chhang Youk, directeur du centre cambodgien de documentation (DC-CAM), cette mode qui questionne l’identité de la jeunesse doit être considérée à la lumière du passé cambodgien récent.  » Les Khmers aiment le style coréen mais ils ne savent pas pourquoi, c’est vrai. Ils n’ont pas d’autres choix, c’est dû à un manque d’options. Il n’y a pas eu de style au Cambodge pendant 30 ans, pas d’école de design, pas de mode », constate-t-il. Paternaliste, il ajoute : « Ils n’ont pas besoin d’être blond et blanc pour être beaux, ils ne réalisent pas à quel point ils sont beaux ».

L’Hallyu, cette vague pop coréenne a déferlé sur le Cambodge il y a trois ans, portée par les médias; musique, télévision, internet. En 2009, le lancement de la chaîne My TV, une filiale de la Cambodian Television Network (CTN) a amplifié le phénomène; 80% de son audience est consacrée aux programmes coréens. L’influence de l’Hallyu est mondiale mais largement répandue en Asie.

Au WGSN Pacifique, un organisme d’analyse de la mode et ses courants, Angelia Teo, directrice des contenus, pense que le futur sera influencé par « une super-hybridation des sous-cultures », non seulement au Cambodge mais dans le monde entier.« En d’autres termes, on assiste à une nouvelle fusion facilitée par les échanges grandissants entre les deux pays. Nous voyons l’Asie prendre une part de plus en plus importante dans ce scenario, sur le plan esthétique, le design et la mode », affirme-t-elle.

« La mode coréenne au Cambodge est une industrie de la copie. Ils voient, ils aiment, ils imitent », explique Haniz Yasin, secrétaire général du Conseil cambodgien de la mode (CFC), une des rares organisations qui aide le Royaume à trouver sa propre voix dans l’industrie de la mode. « L’imitation n’est pas enrichissante pour les jeunes parce que la mode doit être le reflet de leur propre personnalité », remarque Hani Yasinz. « Ce sujet est un gros problème. Il y a de nouveaux designers au Cambodge. Notre travail est d’incuber la prochaine génération qui essaie de créer la mode. C’est juste le début, cela va prendre du temps ».

Crédit photo : Eléonore Sok-Halkovich et Sreyneang Chim 

Article écrit pour le Phnom Penh Post

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One Comment leave one →
  1. SHLURP permalink
    31 août 2011 17:03

    OH MY GOD

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