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« La communauté bouddhiste de Roubaix est discrète mais ouverte »

16 octobre 2011

A Roubaix, les fidèles de la pagode laotienne Wat Bouddhabouxa sont en plein préparatifs pour la fête de Kathine qui aura lieu dimanche 16 octobre. À la tête de cette enclave couleur pourpre en terres du Nord, le vénérable Chatchawan Surin qui fête 24 ans de service. Entretien. 

Que célèbre la fête de Kathine ?

Cette fête célèbre la fin du carême bouddhiste qui dure trois mois. Pendant ces trois mois de prière, on sort moins. On peut être invités chez des fidèles, on peut visiter des malades mais on ne peut pas s’éloigner de la pagode pendant plus de sept jours. Kathine c’est la journée du don mutuel. Ce jour-là, les fidèles nous offrent des vêtements pourpres et de la nourriture. Officiellement Kathine c’était hier mais nous le fêterons dimanche car les gens travaillent. Il y aura avec une cérémonie religieuse, de la méditation et un grand repas. Tout le monde est bienvenu.

Combien de personnes vivent à la pagode ?

Nous sommes quatre moines à vivre ici. Les femmes en blanc, (il désigne un groupe de femmes âgées qui s’affairent en cuisine), sont des nones. Elles viennent pour aider dans la journée mais ne vivent pas ici, c’est interdit. On accueille aussi les hommes qui se font bonze quelques temps [expérience temporaire de la vie de monastique, NDLR].

Décrivez-nous une journée quotidienne.

Je me lève à 5 heures du main, été comme hiver. Je médite de 6h à 6h30, je prie de 6h30 à 7h, puis je prends mon petit-déjeuner. Dans la matinée, je m’occupe, je prie. Si des fidèles viennent, je dois leur consacrer du temps. Ils me racontent leurs difficultés ; problèmes de santé, problèmes de cœur, différends familiaux que je dois arbitrer. Je mange à 11h30, c’est le second et dernier repas de la journée. Après, je peux juste boire du thé. Le soir il y a une autre prière à 18h30 et je me couche vers 22h.

Vous avez un avis sur tout ce que les fidèles vous confient?

(Il rit). Oui, il faut bien. Je suis leur chef spirituel. On devient vénérable au bout d’au moins vingt ans d’expérience. J’ai 61 ans, alors j’ai l’habitude, je sais quels conseils leur donner.

Dans quelles conditions êtes-vous arrivé en France ?

En 1988, la communauté laotienne de Roubaix a fait appel à moi pour venir m’occuper de sa pagode. Je suis venu. Quand on est moine, on ne choisit pas. On peut être affecté n’importe où. Le comité décide, il faut obéir. Je parlais thaï, lao, khmer et anglais, mais pas français. J’ai appris au fur et à mesure. Les moines ont un passeport spécial, donc je peux rester à vie.

Que représentait la communauté laotienne à cette époque ?

La plus grande partie de la communauté était arrivée en France à partir de 1975, après le renversement de la royauté et l’instauration de la République démocratique populaire lao communiste. Débarqués à Paris, beaucoup sont montés dans le Nord pour travailler. Traditionnellement, les laotiens sont doués pour les métiers du textile. Dans les années 80, l’industrie du textile marchait bien dans la région. Beaucoup de Laotiens se sont installés à Roubaix. L’association Wat Bouddhabouxa a été crée en 1983. La pagode a déménagé plusieurs fois car on ne trouvait pas de bons locaux. En 2006, on e eu ces locaux grâce à la mairie et on a pu bien s’installer. On a fêté l’ouverture officielle de la pagode en juin dernier après des années de travaux.

Quel est l’état de la communauté aujourd’hui ?

Ce qui va mal chez nous aujourd’hui c’est le travail. Avec la fermeture des usines textiles comme Pimki, Promod, il n’y a plus de boulot. Beaucoup de laotiens sont partis en Belgique, où c’est plus facile de travailler. Mais dans certaines usines, parler flamand est une condition d’embauche. Ici, il y a du chômage. Mais la nouvelle génération fait de bonnes études et trouve un bon travail. Ils sont bien intégrés.

La nouvelle génération est-elle pieuse ?

La génération qui est née ici, pas vraiment. Les jeunes viennent encore pour les fêtes, en famille, mais pas souvent seuls. Ils disent qu’ils sont occupés. Ils sont trop occupés à jouer sur leur ordinateur ! On ne peut pas les forcer. Ces jeunes ont moins de liens avec leur racine.

Comment vous financez-vous ?

Exclusivement avec les dons des fidèles, d’ici et de toute la France. On écrit des lettres pour les inviter aux fêtes. Pour ces occasions, c’est dans la coutume de donner un peu d’argent, mais ce n’est pas obligatoire. C’est pour cela aussi que nous sommes très proches dans la communauté.

Quel rapport entretenez-vous avec votre voisinage et avec les autres communautés ?

On s’entend très bien avec nos voisins. La mairie leur a demandé s’ils étaient d’accord pour que la pagode s’installe ici et ils ont dit oui. Avec les autres communautés religieuses nous avons peu de rapports. Entre communautés bouddhistes, nous avons des rapports très étroits. A Roubaix, il y a quatre pagodes : une autre laotienne, une cambodgienne et vietnamienne. Nous n’avons pas les mêmes fêtes mais le même bouddhisme theravada. On se déplace souvent de pagode en pagode, on s’invite et lorsqu’on manque de moines pour certaines cérémonies qui nécessitent d’être nombreux, on fait appel à eux.

On dit des asiatiques et des bouddhistes qu’ils sont discrets, communautaristes, qu’en pensez-vous ?

C’est vrai que nous sommes discrets, mais nous sommes ouverts. La porte de la pagode est toujours ouverte, tout le monde peut entrer. Nous avons aussi des Français qui viennent prier et plusieurs convertis. Ils sont nombreux le week-end à l’occasion des fêtes.

Cherchez-vous à convertir de nouveaux fidèles ?

Non, nous ne sommes pas comme ça. Les bouddhistes ne cherchent pas à convertir un maximum de personnes. Nous ne faisons pas de porte-à-porte.

Y a-t-il de nouveaux fidèles dans le Nord ?

Non, il n’y a pas plus en plus de bouddhistes. On fait des travaux dans la seconde pagode laotienne de Roubaix, rue de Strasbourg, mais ce n’est pas parce que nous sommes plus nombreux. On s’installe mieux c’est tout. En revanche à Paris, il y a de nouvelles constructions, les bouddhistes sont en expansion.

La pagode Wat Bouddhabouxa, située 21 rue Favreuil à Roubaix, ouvre ses portes pour la fête de Kathine le dimanche 16 octobre.

Écrit dans le cadre d’une session interview

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