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La recherche des parrainages, le marathon des petits partis

18 janvier 2012

A moins de 90 jours du scrutin, certains partis sont encore loin d’avoir rassemblé les 500 signatures d’élus indispensables pour présenter un candidat à l’élection présidentielle. Ils se plaignent d’un système qui, selon eux, favorise les formations les plus importantes. Reportage à Lille.

450 promesses de signatures pour Debout la République (DLR), 350 pour le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), 300 pour le Front National (FN). Si le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan approche du but, les autres peinent toujours à récolter les 500 parrainages nécessaires au dépôt de leur candidature. Face aux grands partis – UMP, PS, Europe Ecologie, Modem -, assurés d’être représentés au premier tour le 7 mai prochain, ces partis pas si petits s’inquiètent. Il ne leur reste plus que deux mois avant le dépôt officiel des signatures auprès du Conseil constitutionnel, le 16 mars.

Sont habilités à « parrainer » quelque 45 000 personnes : maires (environ 36 000), députés, sénateurs, conseillers régionaux et généraux. Dans cette dernière ligne droite avant l’entrée en campagne, ce sont les militants qui sont envoyés en première ligne pour convaincre les élus.

De militant à VRP

« Dans  la  région  Nord,  nous  avons  obtenu  les  promesses  de  cinq élus  », confie Rémi Berger, 26 ans, essuyant les gouttes de pluie qui ruissellent de son crâne à son costume. Responsable régional de Debout les jeunes, il est chargé de coordonner la campagne électorale. Un travail de longue haleine, engagé depuis l’été dernier.

 

Rémi Berger, militant Debout la République depuis 2008 

Pour Thibault Blondin, chargé des élections au Nouveau parti anticapitaliste, la logistique est primordiale pour recueillir le maximum de parrainages. « On se transforme en VRP. On ne conseille pas à nos militants d’appeler, les maires ne répondent pas. Nos équipes se répartissent des zones et vont sur place plusieurs fois pour maintenir une porte ouverte. Après, c’est un savant dosage de discussion et d’expérience.»

A l’assaut des maires sans étiquette

Tandis que les « partis d’élus » s’appuient sur un réseau solide et loyal, les formations plus modestes, qui comptent peu d’élus sur le territoire, doivent se tourner vers les maires sans étiquette, généralement à la tête de petites communes. Lors des dernières élections présidentielles, sur le nombre d’élus habilités à parrainer un candidat, huit sur dix étaient des maires.

Part des élus ayant parrainé un candidat en 2007 dans le Nord

« On va voir les maires de petites communes populaires. Les grands partis ont moins d’influence sur ces maires qui en ont vu d’autres. Ils n’attendent pas après Hollande ou Sarkozy », déclare Claude Martin, responsable régionale de Lutte Ouvrière (LO). Les grands partis font jouer le soutien filial et n’hésitent pas à donner des consignes directes aux élus à l’instar du Parti Socialiste. Martine Aubry, la Première secrétaire, a demandé dans une lettre électronique qu’ « aucun parrainage d’élu socialiste et républicain ne manque à notre candidat », François Hollande.

« Parrainage », un terme ambigu

Chaque candidat doit récolter au moins 500 parrainages répartis équitablement sur le territoire : la réglementation empêche que plus de 10% des signataires proviennent de la même région. Sur une base de 45 000 élus habilités à donner leur signature, cela devrait, a priori, ne pas poser de problème.

« On a peut-être une promesse dans le Nord-Hainaut », lâche Eric Dillies, le responsable de fédération Flandre-Métropole lilloise du Front national dans son bureau aux grandes fenêtres cloisonnées contre d’éventuels plasticages. En 2007, dans la région, le FN avait obtenu 10 précieux sésame. Depuis, il y eu les élections régionales 2010 et de nombreux conseillers régionaux FN n’ont pas été renouvelés.

Le nombre d’élus de Debout la République, du NPA, du FN et du PS dans le Nord

Aujourd’hui, avec environ 130 élus sur tout le territoire, le FN emploie les grands moyens pour obtenir ses signatures : 36 000 courriers envoyés à travers la France à destination des élus. « Une opération extrêmement coûteuse, en temps et en argent », souligne-t-il, déplorant les réticences des maires à donner leur signature au FN.

Eric Dillies, secrétaire départemental du FN

« Il y a une ambiguïté sur le terme de parrainage. L’idée que les maires apportent leur soutien personnel à un candidat ». Pour Eric Dillies, cette confusion fait peur aux élus, qui redoutent d’être perçus comme des sympathisants du parti frontiste. « Cela pose un vrai problème de représentation, quand on sait que Marine Le Pen a un très fort potentiel électoral ».

Des pressions d’en haut et d’en bas

« Sur le terrain, les arguments des maires sont toujours les mêmes : on ne fait pas de politique, le conseil municipal est de toutes les couleurs », rapporte Thibault Blondin du NPA.

Selon tous les petits partis interrogés, les maires redoutent les réactions de leurs administrés. Une pression venue d’en bas d’autant plus forte lorsqu’on est maire d’une commune de 200 âmes, et que l’on croise quotidiennement ses habitants. « Des maires souhaitaient nous soutenir, mais ils se sont rétractés après leur conseil municipal », affirme Rémi Berger de Debout la République.

Les maires éviteraient donc de se mouiller en prenant des engagements politiques qui pourraient leur être défavorables, aussi bien dans les urnes que dans le portefeuille communal. « Les maires subissent aussi des pressions de leur communauté d’agglomération, de leur région », ajoute Thibault Blondin. « Ils ont peur des retombées négatives sur leurs subventions, pour des projets locaux comme des écoles ».

Des craintes justifiées par le développement de l’intercommunalité qui favorise les rapprochements entre les petites communes :  répartition des taches et des responsabilités locales. En introduisant plus d’interdépendance entre les municipalités, les maires perdent en autonomie, notamment en ce qui concerne les budgets alloués.

La réforme des collectivités locales, lancée sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, comporte une mesure phare : la création de conseillers territoriaux qui, en 2014, remplaceront conseillers régionaux et conseillers généraux. Une simplification du « millefeuille administratif » qui risque d’handicaper encore un peu plus les partis déjà peu représentés. « L’intercommunalité va porter préjudice aux petits partis, et c’est déjà le cas », estime Serge Martin, directeur de l’Association des Maires du Nord (AMF).

Un système contesté

En 1962 fixé à 100, le nombre de signatures a été relevé à 500 par la loi du 18 juin 1976, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Objectif revendiqué à l’époque : limiter le nombre de candidatures et écarter les plus fantaisistes pour une organisation de l’élection présidentielle optimale. Cela n’a pas empêché le nombre de participants de grimper en flèche avec les années : en 2002, seize candidats s’affrontaient lors du premier tour.

L’application de cette loi met aujourd’hui en difficulté des personnalités dont le projet présidentiel n’a rien de folklorique. En 2007, le candidat du NPA Olivier Besancenot avait obtenu un peu plus de 4% des suffrages. « Cette règle participe au rétrécissement démocratique de notre pays. On passe à quatre partis seulement assurés de pouvoir y aller », s’indigne Thibault Blondin, chargé des élections. « Le problème, c’est que les grands partis veulent nous imposer un bipartisme à l’américaine », déplore Rémi Berger de Debout la République. « L’UMP et le PS n’ont pas d’intérêts à voir émerger de nouvelles personnalités porteuses de solutions alternatives pour la France ».

Pour Pierre Martin, spécialiste des systèmes électoraux au CNRS, le fonctionnement de l’élection présidentielle est une aberration française. « Je ne vois pas pourquoi ce sont les maires qui décident qui doit être candidat. En quoi être maire donne-t-il cette légitimité ? », s’interroge le chercheur, qui prend l’exemple de la Finlande, où un candidat peut être parrainée par 20 000 citoyens. En France, « la loi est absurde, mais pas aux yeux de ceux qui ont le pouvoir ». Et ce système de vote citoyens, des petits partis tel que le NPA l’appelle de leur vœux.

Ce sont les citoyens eux-mêmes qui auraient la légitimité d’apporter leur soutien personnel au candidat de leur choix. Le président de l’Association des maires de France, Jacques Pélissard, s’est quant à lui exprimé en faveur d’un « double parrainage », qui offrirait la possibilité aux élus de donner sa signature à deux candidats. Une manière de faciliter la pré-campagne des petits partis, et d’atténuer les tensions que suscite la recherche des signatures.

Chez les partisans de Nicolas Dupont-Aignan, on souhaiterait revenir sur la publicité des soutiens. Depuis 2002, 500 élus parmi tous les signataires sont tirés au sort et publiés au Journal officiel pour tous les candidats. « Ca aiderait », lance Rémi Berger. Le militant ne se décourage pas. Il repart sonner chez les maires sous le crachin du Nord avant un rendez-vous avec la presse. Car selon lui, même avec le meilleur engagement, le terrain ne fait pas tout. C’est l’autre bataille de ces petits partis : l’accès aux grands médias. Un accès qui dépasserait les quelques semaines de lumière médiatique précédant l’élection présidentielle.

Etienne Bouche et Eléonore Sok-Halkovich

Écrit dans le cadre d’une session politique à l’ESJ


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One Comment leave one →
  1. 22 avril 2012 09:02

    It looks good! , let the learned knowledge.Thank you

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