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CAMBODGE – Ces obscures crèmes blanchissantes

3 septembre 2011

À Phnom Penh, les crèmes blanchissantes font un carton. On les trouve partout ; des échoppes de rue poussiéreuses aux allées immaculées des grands centres commerciaux. Le manque de réglementation du marché et l’absence d’une réelle prise de conscience des risques font de ces crèmes un dangereux problème de société.

Chime Srey Neat s’applique de la crème blanchissante trois fois par jour

 

Assise sur son lit dans sa chambre d’adolescente Chim Srey Neat, lycéenne de 17 ans, à la peau trop blanche pour être vraie, tire une large boîte en plastique de sous son lit.  Elle commence à appliquer une mixture orange sur son avant-bras. Il s’agit de crème blanchissante. « La peau sombre n’est pas populaire chez les jeunes Khmer », confie la jeune fille. « J’utilise de la crème blanchissante, car elle me rend plus claire, plus jeune et plus attrayante ». Neat a commencé à utiliser cette crème il y a deux mois, en complément d’autres crèmes fournies par son médecin de famille, préparées par l’entremise de sa tante qui travaille dans un salon de beauté.

Selon la marque, les crèmes contiennent une variété de produits chimiques. Après plusieurs mois d’application, elles peuvent en effet avoir un effet blanchissant sur la peau, au risque de graves problèmes de santé pouvant conduire jusqu’à la mort. C’est ce qui est arrivé à Kompong Speu, le jour du mariage d’une jeune femme de 21 ans, vendredi 16 septembre. Six heures après avoir utilisé une crème vietnamienne interdite au Cambodge, Mam Seak a éprouvé des difficultés respiratoires et une perte d’audition. La future mariée, déjà affaiblie par la malaria, a succombé à un empoisonnement.

Cette tragédie est le sommet d’un iceberg dont la partie immergée pèse lourd sur le marché de la beauté. Les profits énormes générés par le commerce de ces élixirs ont poussé les commerçants, les salons et même certains dermatologues à vendre des concoctions maison, sans aucun contrôle de qualité.

Au marché central, à un stand de cosmétiques en tout genre, une vendeuse recommande une crème blanchissante dans une boîte en plastique en forme de lapin. C’est une crème utilisée comme base, importée de Thaïlande qui coûte seulement un dollar. Pour un effet rapide, il est nécessaire de mélanger plusieurs crèmes. Alors, la commerçante sort de sous le comptoir des tubes de crèmes colorées aux noms thaï, vietnamien et chinois, des poudres emballées dans du papier fleuri et des pilules roses. Le lot revient à 20 dollars. « Je connais les quantités, j’ai appris les recettes d’un autre vendeur », assure-t-elle.

Siv Vouch, pharmacienne au département des drogue et de l’alimentation (DDA) du Ministère de la Santé, explique que le Cambodge suit lesdirectives de l’ASEAN pour la fabrication des crèmes sur le territoire. Elle reconnaît néanmoins une certaine impuissance face au trafic aux frontières. « Notre ministère n’est pas responsables de tous les produits. Nous ne pouvons pas tout contrôler, car certaines sociétés importent ces crèmes illégalement, principalement de Thaïlande ». Si le ministère fait de son mieux pour lutter contre les contrebandiers, il ne gagne pas non plus la bataille de la communication. Pas de campagnes publicitaires, pas d’affiches informant des dangers. Si Vouch déclare que les mesures ne datent que de l’année dernière, alors une campagne potentielle n’aura pas lieu avant l’année prochaine.

Pour être blanc comme toi, je ferais n’importe quoi

À l’hôpital Calmette, la dermatologue Thav Sothavy constate tous les jours les méfaits de l’utilisation de ces élixirs miracle. « Plus de la moitié de mes patients viennent pour des problèmes causés par les crèmes blanchissantes », déclare-elle. « Toutes les crèmes sont dangereuses, particulièrement les crèmes mélangées. Ces crèmes peuvent contenir des corticostéroïdes, des antibiotiques, des molécules telles que l’hydroquinone, qui est cancérigène, ou des sels de mercure qui sont hautement toxiques ».

Tandis qu’elle énumère les effets secondaires de ces substances – allant des allergies, aux eczémas, à de graves problèmes de pigmentation jusqu’à l’apparition de maladies de peau auto-immune – quelqu’un frappe à sa porte. Un jeune homme en robe safran souhaite la consulter pour un problème d’acné et d’eczéma. Ces symptômes sont causés par l’utilisation de crèmes blanchissante. Le jeune homme s’appelle Soung Sophorn, il a 18 ans et c’est un moine bouddhiste. Il raconte que ces élixirs sont aussi très populaires au sein de sa pagode et ce, malgré les prescriptions de renoncement à la beauté matérielle de leur maître Bouddha.

Que les crèmes blanchissantes soient répandues dans toutes les couches de la population n’étonne pas le dermatologue Kea Thay. Il n’hésite pas à parler de dépendance à ces produits. « Au début, les utilisateurs ont des sensations de confort et de bien être, mais après une utilisation à long terme, les problèmes surviennent et ça commence à gratter, à brûler », explique-il. «C’est exactement comme avec les alcooliques ou les toxicomanes. J‘explique les risques à mes patients, je leur donne des conseils, mais c’est à eux de prendre la décision d’arrêter. Et pour eux, c’est dur. Je vois beaucoup de gens revenir me consulter parce qu’ils ont replongé ».

« Il y a un modèle dominant blanc », déclare le Dr Ly Cheng Huy, expert beauté et créateur d’un magazine et du siteweb HealthCambodia.com. « Au Cambodge les raisons sont d’ordre culturel : les blancs étaient des gens qui n’étaient pas à l’extérieur, des gens qui ne travaillaient pas, des gens riches. Pour les femmes, la beauté équivaut à la richesse et à l’amour ».

À la télévision, Ly Cheng Huy est un fervent militant anti-crèmes blanchissantes. Il a pour ambition de créer un comité scientifiqueindépendant pour réglementer les normes. Mais lorsqu’on lui  demande pourquoi les modèles cambodgiennes qui font la couverture de son magazine sont toutes terriblement blanches, il semble un peu gêné. « C’est une bonne question », soupire-t-il. « Le studio photo ne veut que des femmes à la peau claire. Au début, nous avons essayé de publier une image d’une femme à la peau sombre », explique-il en brandissant la couverture d’une ancienne copie avec une mannequin cambodgienne à la peau dorée. « Mais les ventes ont été mauvaises et ici tous les modèles se font blanchir la peau ».

Couverture du Magazine de la Santé de Ly Cheng Huy

Article écrit pour lepetitjournal.com

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CAMBODGE – Concours de cuisine à Kep : L’omelette de l’amitié

27 août 2011

Dimanche, les responsables de l’École Française de Kep organisaient le premier concours d’omelette. L’occasion de renforcer les liens entre la communauté française et les habitants de la cité balnéaire.

 

 

 

Oeufs, girofle, poivre rouge, Sok Ngo Sisowath bat son omelette avec l’inspiration d’un chef d’orchestre. Dans un geste théâtral, il précipite sa mixture dans la poêle et enfume toute la pièce. C’est l’heure du déjeuner dans la cuisine du restaurant Breezes, situé sur une plage sauvage de la petite ville de Kep. Une trentaine de personnes sont réunies pour assister à cet événement historique.

Ils sont six à prétendre au titre : Hout Hotsokunthea, la propriétaire du plus gros bar de la ville, Le Toucan, Hoar Sokunthea, cuisinière du restaurant Le Caméléon, Mathilde Richin, scout lyonnaise animatrice auprès à l’École française de Kep pour l’été, Tie Noah, écolier de 7 ans et Jérôme Van Vliet, coréen néerlandais propriétaire du restaurant Breezes.

Ces joyeux drilles forment une communauté composée de Cambodgiens immigrés en France revenus vivre dans leur pays d’origine, d’expatriés occidentaux et de Khmers locaux. La majorité d’entre eux sont francophones.

« L’idée d’organiser un concours d’omelette est venue d’une conversation lors d’un dîner« , explique celui que tout le monde appelle Sok, le fondateur de l’École Française de Kep. « Nous nous posions cette question : qui fait la meilleure omelette à Kep? Et, bien sûr, comme je sais que c’est moi, j’ai organisé l’événement« . « A Kep, on prend le temps de vivre. Si quelqu’un a une idée, les gens sont automatiquement enthousiastes et on aime animer la ville« , déclare-t-il. « Oui, on aime faire des conneries », ajoute Hotsokunthea dit « Soki », personnage haut en couleur bien connue des noctambules de Kep. Elle a concocté une omelette khmère traditionnelle appelée chean sa-am, en référence à l’herbe sa-am qu’elle a ramassé dans son jardin. « Eh, pas de space omelette. L’herbe est interdite« , plaisantent ses amis.

Le goût de la victoire

Les six assiettes sont prêtes. « Je sais que je vais gagner,  répète Sok comme un mantra, avant de présenter son chef-d’œuvre. Le premier critère retenu par les juges est une bonne présentation du plat. Suivront, décoration de l’assiette, qualité gustative et originalité.

« Cette omelette a 35 ans d’âge. Lorsque j’étais enfant, j’avais l’habitude de cuisiner moi-même car mes parents travaillaient beaucoup…« , commence Sok sous les huées amicales des autres participants.

Les plats vont et viennent sur la table sous le regard concentré des juges. Noah gagne des points avec une introduction touchante: « Mes ingrédients sont des carottes râpées, de l’Emmental, du basilic et … du talent« . Les bouches forment un O de surprise à la découverte de l’omelette japonaise, roulée comme un maki, élaborée par Jérôme Van Vliet. Des yeux se closent à la dégustation de la surprenante omelette de Mathilde Richin. Les assiettes sont vides, il est temps de délibérer. Les juges s’isolent dans un coin. Les résultats sont serrés, trois participants font la course en tête mais l’un d’entre eux se distingue.

« Et le gagnant est … Mathilde« , annonce-t-on. La jeune femme est surprise.  « Ma recette est une omelette baveuse aux oignons caramélisés au vinaigre balsamique, cuite dans beaucoup d’huile d’olive, servie avec une sauce à l’échalote, au poivre et au citron« , explique-t-elle avant de demander gaiement un verre gratuit. Car il n’y a aucun prix pour le gagnant à part la satisfaction d’être le meilleur et d’avoir partagé un moment de franche convivialité.

« Mélanger la culture Khmère et européenne autour de la cuisine est une excellente idée« , déclare Stéphane Hibon, le directeur de l’École Française. « Ici il y a beaucoup de Français c’est historique. Cet évènement est représentatif de la culture de Kep. C’est un endroit magique, la mer, le soleil, on est plus enclin à y aller tranquille« , ajoute-t-il.

Rendez-vous est pris pour le prochain concours culinaire. Le thème : spaghettis bolognaises à la Khmère. Encore une idée de Sok. « C’est ma spécialité« , affirme-t-il.

 

Article écrit pour lepetitjournal.com

CAMBODGE – Impressions de Phnom Penh : Boeng Kak Lake

25 août 2011

Boeng Kak est un ancien marécage où de nombreuses familles s’étaient installées à la fin du régime Khmer Rouge. En 2007, un projet immobilier de la compagnie Shukaku Inc soutenue par le gouvernement signe leur départ. Pour construire du neuf, du luxe, du sable est coulé pour tarir le lac. Les habitants sont forcés à fuir. Ils sont des milliers à avoir été délogés et d’autres à attendre un relogement décent.

Aujourd’hui, plus de lac même s’il forme toujours une tâche verte sur les cartes de la ville. Des immeubles détruits, des pêcheurs, des familles qui résistent des briques et des pierres. Il reste les graffitis sur les murs défoncés, les bars aux noms abscons et l’ambiance louche de cet ancien quartier de bag-packers à la réputation douteuse.

 

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Plus d’informations sur la situation à Boeng Kak : Courrier InternationalCambodia TodayRon Gluckman, Save Boeung Kak

CAMBODGE – Quand la jeunesse cambodgienne adopte la sape coréenne

14 août 2011

Les jeunes cambodgiens sont des fondus de mode coréenne qu’ils adoptent et adaptent pour le meilleur et parfois pour le pire.


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Derrière le lourd rideau de velours, une puissante musique assaille le tympa. Les habitants de cette étrange planète sont tous adolescents. Ils fument, ils boivent, se roulent des pelles dans l’ombre, avachis dans de profonds sofa. Aux premiers beats éléctroniques du girls band sud coréen 2NE1, ils se ruent sur la piste pour se déhancher en rythme. Il est quatre heures de l’après-midi. Bienvenue au club Free World, situé au premier étage du centre commercial Pencil Market, « the place to be » pour les addicts du style coréen.

Une jeune fille sort un instant prendre l’air. Son style est particulièrement étudié : elle a de longs cheveux auburns, des lentilles marrons, du gloss rose bonbon, une peau claire moulée dans une robe violette avec un gilet au col en fausse fourrure, perchée sur de longues jambes aux talons aiguilles. Nine a 19 ans. Elle s’intéresse à la mode coréenne depuis un an, depuis qu’elle est fan de K pop, la pop coréenne. Ses groupes préférés, Girls Generation et Kara, mettent en scène des jeunes femmes sexy qui dansent et chantent sur un mélange de paroles en coréenn et en anglaise. « Tout le monde veut être coréen parce qu’ils ont de grands yeux, une peau claire et de beaux cheveux« , assure-t-elle.

Dee, propriétaire de la boutique Honey Shop

Comme de nombreux jeunes branchés, Nine achète la majorité de ses vêtements au Pencil Market situé rue 214. Dans les allées du mall, de petites boutiques colorées s’alignent gaiement. Dee, le propriétaire du magasin Honey Shop est la réplique exacte de ses jeunes clients coréemaniacs. Il décrypte la Bible de ce style venu du Nord : jeans slims pour les hommes, tee-shirt bariolé, petite veste cintrée, en jean ou en cuir pour une touche rock and roll. De grosses baskets flashy complètent le look avec pourquoi pas, une large casquette. La coupe de cheveux est essentielle : teinture blonde ou rouge et mèche oblique qui cache mystérieusement un œil.

Les femmes peuvent porter aussi bien le short que la robe. Plus c’est court mieux c’est. Les accessoires sont fortement recommandés : bijoux en plastique, grosses montres, lunettes mouche et bandeau dans les cheveux. Les talons hauts sont de rigueur mais l’option baskets de mecs est aussi possible pour un style plus hip-hop. Les ongles, s’ils ne sont pas surmontés de brillants kitsch, sont au moins ultra colorés. Et pour coréaniser un regard, (qui a dit que les asiatiques avaient tous les yeux noirs?), rien de tel que des lentilles de contact de couleur que l’on trouve ici à seulement 4$.

Une robe achetée au Pencil coûte environ à 20$, beaucoup plus cher que sur les marchés où les cambodgiens s’habillent en grande majorité. A la boutique Li Da Collection, un jean slim revient à 12$ et une paire de basket à 10$. Tous les vêtements vendus ici sont importés de Thaïlande ou de Chine. Rien ne vient de Corée, l’importation est trop onéreuse. Nana, une amie de Dee nous fait faire le tour des boutiques. Devant le stand de lentilles, elle chuchote : « La propriétaire dit que les lentilles viennent de Corée alors qu’elles viennent de Thaïlande, comme ça elle peut vendre plus cher ». Au Pencil market, un total look coréen coûte au moins 50$. « Il faut être riche pour être à la mode. C’est davantage un style pour la classe moyenne », confirme Dee.

Heureusement pour les impécunieux, la coupe de cheveux est bon marché au Cambodge. On peut se faire tailler la mèche à chaque coin de rue. Il existe aussi des salons réservés aux initiés dont les adresses circulent grâce au bouche à oreille. Le salon Korean Style Hairdresser, situé sur le boulevard Kampuchea Krom, est de ceux-là. Le cocon rose toujours bondé est dirigé par Seyha Kea, la star du coup de ciseau à 2$. Il tient ses secrets d’un maître coréen qui lui a enseigné son art durant six mois en Thaïlande.

« Je crée les style moi-même », déclare-t-il occupé à effiler la touffe d’un jeune client. « Je trouve l’inspiration à la TV ou dans des magazines de mode », comme Ray, un célèbre magazine thaïlandais et le japonais My Idol. Sous ses doigts, Di Ca, un habitué : « Ici c’est vraiment à la coréenne, j’aime le style coréen », déclare-t-il. « Je ne sais pas pourquoi j’aime, peut-être parce que les plus connus en Asie sont les coréens ».

Sur le satellite K-pop, on trouve aussi des fans qui vivent leur passion en secret, comme Sophea, étudiante à l’université Pannasastra. « Pour moi, c’est interdit de m’habiller comme ça et mes parents ne m’autorisent pas à sortir beaucoup », dit-elle durant une pause méritée devant de club Free World. « Mes parents désapprouvent le style des jeunes, ils pensent que nous nous contentons de suivre les étrangers ».

Tandis que certaines famille voient la permanente rouge d’un mauvais œil, d’autres apprécient et soutiennent les goûts de leur progéniture. C’est le cas de la mère de Li Da Chen, une poupée de 21 ans à la robe à fleur et aux hauts talons qui tient une boutique au Pencil market. « Je suis heureuse que ma fille soit moderne », déclare Kim Houy Chen fièrement. « Je la laisse faire ce qu’elle veut, son père aussi et personne n’a rien à dire dans la famille. Ses vêtements sont peut-être coréens mais au fond elle reste cambodgienne ».

Li Da Chen devant sa boutique au Pencil Market

Pour Chhang Youk, directeur du centre cambodgien de documentation (DC-CAM), cette mode qui questionne l’identité de la jeunesse doit être considérée à la lumière du passé cambodgien récent.  » Les Khmers aiment le style coréen mais ils ne savent pas pourquoi, c’est vrai. Ils n’ont pas d’autres choix, c’est dû à un manque d’options. Il n’y a pas eu de style au Cambodge pendant 30 ans, pas d’école de design, pas de mode », constate-t-il. Paternaliste, il ajoute : « Ils n’ont pas besoin d’être blond et blanc pour être beaux, ils ne réalisent pas à quel point ils sont beaux ».

L’Hallyu, cette vague pop coréenne a déferlé sur le Cambodge il y a trois ans, portée par les médias; musique, télévision, internet. En 2009, le lancement de la chaîne My TV, une filiale de la Cambodian Television Network (CTN) a amplifié le phénomène; 80% de son audience est consacrée aux programmes coréens. L’influence de l’Hallyu est mondiale mais largement répandue en Asie.

Au WGSN Pacifique, un organisme d’analyse de la mode et ses courants, Angelia Teo, directrice des contenus, pense que le futur sera influencé par « une super-hybridation des sous-cultures », non seulement au Cambodge mais dans le monde entier.« En d’autres termes, on assiste à une nouvelle fusion facilitée par les échanges grandissants entre les deux pays. Nous voyons l’Asie prendre une part de plus en plus importante dans ce scenario, sur le plan esthétique, le design et la mode », affirme-t-elle.

« La mode coréenne au Cambodge est une industrie de la copie. Ils voient, ils aiment, ils imitent », explique Haniz Yasin, secrétaire général du Conseil cambodgien de la mode (CFC), une des rares organisations qui aide le Royaume à trouver sa propre voix dans l’industrie de la mode. « L’imitation n’est pas enrichissante pour les jeunes parce que la mode doit être le reflet de leur propre personnalité », remarque Hani Yasinz. « Ce sujet est un gros problème. Il y a de nouveaux designers au Cambodge. Notre travail est d’incuber la prochaine génération qui essaie de créer la mode. C’est juste le début, cela va prendre du temps ».

Crédit photo : Eléonore Sok-Halkovich et Sreyneang Chim 

Article écrit pour le Phnom Penh Post

CAMBODGE – Championnat du monde de volley-ball handicapé

1 août 2011

L’équipe allemande remporte la finale du championnat du monde de Volley-ball handicapé en quatre sets 25/17, 25/21, 26/28, 25/21 contre l’équipe cambodgienne. Une rencontre organisée par la Croix Rouge, vendredi 29 juillet, au Stade olympique de Phnom Penh.

En maillot jaune, le numéro 10 allemand, Jens Altman. De l’autre côté du filet, le numéro 12, Cherm Kong. Les capitaines adverses se jaugent, deux joueurs exceptionnels, le premier est manchot, le second a la jambe gauche atrophiée. Le public s’est déplacé en nombre pour soutenir l’équipe nationale qui atteint la finale pour la première fois.

Le premier set est à sens unique. Les Allemands s’imposent largement 25 à 17. Ils creusent l’écart du début à la fin sans que les Cambodgiens puissent les rattraper. Plus petits et plus jeunes, les Khmers font face à de grands Allemands qui jouent sur leur défense. Pourtant, les deux équipes commettent plusieurs erreurs de service.

Second set : pour la première fois l’équipe cambodgienne parvient à dominer le match. D’entrée de jeu, ils prennent l’avantage 13 à 8. Mais les Allemands rattrapent doucement leur retard avant de s’imposer 25 à 21. La suite de la partie semble compromise pour les Khmers. Ils doivent remporter les trois sets suivant pour gagner.

Les Khmers ne se laissent pas décourager pour autant. Portés par la foule enthousiaste, ils défendent les couleurs de leur pays avec courage. Les Allemands cherchent à pousser cette équipe offensive à la faute. Ces derniers multiplient les smashs, parfois jusqu’à six dans une balle. La première moitié du set, aucune des deux équipes ne parvient à prendre un avantage décisif. Puis les Allemands creusent l’écart 20 à 14. Le sort de l’équipe Khmer semble scellé.

Reprise cambodgienne
Le numéro 12, Cherm Kong, s’élance vers le filet et smash. Il égalise. Les tam-tams s’accélèrent, les supporters se lancent dans une hola endiablée, les clameurs de la foule raisonnent dans l’arène. On assiste alors à une formidable remontée du Cambodge qui enchaîne 10 points gagnants. Un homme traverse le terrain brandissant un drapeau Khmer. Le Cambodge s’impose 28 à 26.

Alors que le Cambodge mène 9 à 7 au quatrième set, le joueur numéro 9, Sang Veasna tombe. Impossible de se relever. Avec ses smashs puissants Veasna est un joueur phare, une perte terrible pour l’équipe. Comme le confirme Poung Chhit, entraîneur assistant de l’équipe Cambodgienne : « Notre équipe était plus jeune. Mais le point de bascule est la blessure de notre numéro 9″. Oun Vothana le remplace mais les Cambodgiens accusent mal la perte. Ils se font peu à peu rattraper puis distancer. Ils s’inclinent 21 à 25.

L’équipe germanique s’impose trois sets à un et conserve le titre pour la troisième année consécutive. Elmar Sommer, le numéro 10 apprécie : « C’était une bonne compétition, l’atmosphère était géniale. L’équipe cambodgienne est jeune et forte. Peut être la prochaine fois ils gagneront« . Athanasios Papageorgiou, entraîneur de l’équipe allemande depuis 1983 dresse le même constat : « Mes joueurs avaient plus d’expérience mais n’étaient pas aussi motivés que les Cambodgiens. Quand on joue pour la première fois une finale, il y a 90% de chance de la perdre. C’est ce qui à fait la différence, ça et la perte de leur numéro 9″. Willy Guillory, l’entraineur cambodgien est très affecté par la défaite de son équipe. Cet ancien policier de Los Angeles, qui a beaucoup misé sur la condition physique de ses joueurs est en larme. « On a perdu, leurs meneurs étaient plus grands et chevronnés mais c’était un bon match« .

Fair play, les supporters Khmers applaudissent les médaillés d’or. Le ministre des Affaires sociales cambodgien, Ith Sam Heng remet les coupes aux trois équipes, allemande, khmère et sri-lankaise (arrivée 3e de cette compétition). Malgré la défaite, l’avenir pour l’équipe nationale de volleyball handicapé du Cambodge semble des plus prometteurs. « Pour le futur je pense que ça va les motiver. Ils sont jeunes, ça va bouger« , affirme Poung Chhit.

 

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Écrit avec Paul Barrieu pour lepetitjournal.com

CAMBODGE – Les « Beer girls » se rebiffent

30 juillet 2011

A Phnom Penh, les salariées chargées de la promotion de la bière Angkor Beer descendent dans la rue. Elles réclament leur salaire dominical, payé seulement à moitié par la direction depuis 3 ans.

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« Mon pays, ma bière. Ma bière n’aime pas les khmèr », chantent une cinquantaine d’employées chargées de la promotion de la Angkor Beer, devant les bureaux de la célèbre marque cambodgienne appartenant à la société Cambrew LTD, sur Norodom boulevard à Phnom Penh.

En détournant le slogan « Mon pays, ma bière », elle cherchent à attirer l’attention des passants, des touristes qui portent tous des tee-shirt à cette devise et aussi à résister aux policiers qui les observent de l’autre côté de la rue. C’est leur cinquième jour de grève et depuis deux jours, les hommes en bleu tentent de les réduire au silence.

Ces jeunes femmes qui vantent les mérites du breuvage dans les restaurants et bars de la capitale réclament justice. Depuis 2007, elles sont censées percevoir 4$ par dimanche travaillé, selon la législation cambodgienne sur le travail dominical, en vigueur depuis 1994. Or la société ne les rétribue qu’à hauteur de 2$. Pourtant, une décision du Conseil des prud’hommes du 15 juin dernier a reconnu leur exploitation et a ordonné le versement rétroactif du salaire qui leur est dû depuis trois ans.

Ces femmes gagnent 50$ par mois, le salaire minimum au Cambodge. L »équivalent d’une paye d’ouvrière dans le textile. « Je ne peux pas survivre avec ce salaire car mes dépenses sont supérieures, donc je travaille en plus le samedi soir mais ça me rapporte seulement 8$ de plus par mois », déclare Neub Sros, 36 ans, en poste depuis 10 ans. Elle accuse aussi le manager Soy Yari d’avoir insulté ses employées ; il les aurait comparé à des prostituées.

Or Norn, un responsable du Conseil des prud’hommes, a affirmé que le conseil ne pouvait rien faire de plus.  » Si une partie n’est pas en accord avec la loi, l’autre partie a le droit de protester ». Khiev Savuth, sous-directeur du département de résolution des conflits du ministère du Travail, a déclaré que cette affaire n’était pas sous sa responsabilité. La direction de Cambrew LTD refuse de s’exprimer.

Après avoir distribué des flyers et crier leur mécontentement à coup de mégaphones, les 50 insoumises sont toujours là. Elles devaient être 200 grévistes, mais leur collègues ont pris peur après avoir subi des intimidations. Elles auraient été averties qu’elles seraient licenciées si le mouvement perdurait et des rumeurs circulent affirmant que la police cherchait les leaders.

Source : Phnom Penh Post

CAMBODGE – Déjeuner khmer typique

29 juillet 2011

Au menu : soupe de porc au navet, soupe acide, sauté de porc et chou en saumure et poulet au gingembre …


 

Recettes :

Soupe de porc à la betterave blanche

– betteraves blanches

– poitrine porc découpée

Lavez, puis coupez les betteraves blanches en petits morceaux

Faire un bouillon avec la soupe knorr bouillon de cube au poulet, sucre, sel, poivre et la poitrine de porc

Faire cuire à feu doux 3-5min

Ajouter les légumes

Faire mijoter 45min

Ajouter de la ciboulette émincée avant de servir

 

Poulet au gingembre

– poulet découpé

– gingembre frais

Dans un wok, faire revenir de la sauce poisson, 1 c.s de sucre, poivre

Ajouter le poulet

Ajouter le gingembre frais coupé en lamelles

Faire sauter le mélange 5 min

Si la sauce est trop épaisse, ajouter un peu d’eau

Faire mijoter 1h ou 30min en cocotte

 

Choux en saumure 

– choux asiatique

– échine de porc découpée

Emincez finement les feuilles de choux (toujours couper latéralement)

Rincez-les à l’eau tiède et essorez

Ajoutez une c.c de sucre

Faire un peu massérer l’échine de porc dans la farine, puis massez la bête avec de la sauce d’huître, du nuoc mam et du poivre (de Kampot c’est mieux)

Dans un wok, faire revenir de l’huile, puis de l’ail haché

Ajouter le porc et le faire un peu griller

Ajouter le choux

Faire sauter 5min

Vous pouvez ajouter des cacahuètes pillées pour plus de croustillance

 

Mâ ârm (soupe acide)

– poulet ou gambas

– os de porc

– tomates bien fermes

– ananas frais ou en boîte

– tiges de nénuphars ou liserons d’eau

– kra om

– thi an vong

– pâte de tamarin

– 2,3 petits piments rouges

– citron verts

Dans un faitout, préparez le bouillon : bouillon de poule, os de porc, sel, poivre

Laissez mijoter à feu doux au moins 30min

Découpez les légumes, tomates en 4 quartiers, ananas en 6 quartiers, liserons d’eau en bâtonnets de 5 cm

Découpez des morceaux de pâte de tamarin (la moitié du paquet classique, ça donne du goût) et les dissoudre un peu dans un bol d’eau chaude

Hachez les herbes et en conserver 1/3 pour le dressage, allez-y sur le kra om, c’est ce qui va donner le goût acide

Dans un wok, faire revenir de l’huile et de l’ail

Ajouter de poulet découpé en morceaux pour le faire à peine dorer avec du nuoc mam, sel, sucre, poivre

Quand le bouillon a rendu sa saveur, enlevez la carcasse de porc (vous pouvez aussi garder des morceaux de chair pour la soupe)

Ajouter au bouillon le poulet, puis les légumes, le tamarin et les herbes, quelques petits piments rouges découpés en morceaux pour le goût

Laissez mijoter 3/4h

Servez avec un peu de soja si vous voulez, le reste des herbes fraîches et du citron vert

 

Conseils d’amis aux aspirants cuistots :

Si vous voulez cuisiner asiatique, l’équipement ad-hoc c’est d’abord le rice cooker. Un bon riz doit être rincé deux fois, puis couvert à un doigt d’eau. Ensuite, wok, sauteuse ou faitout, mini hachette.

Les sauces composent la base de la cuisine asiat. Les quatre fantastiques sont : la sauce poisson (nuoc mam), la sauce soja, la sauce d’huître et la sauce mushroom.

Ail, sel, sucre et poivre pour l’assaisonement

Les viandes sont généralement découpées en petit morceaux et les légumes taillés latéralement, en biseau.

On goûte la sauce et fluidifie avec de l’eau ou épaissie à la farine (halte au glutamate, c’est pas bon)

On sert souvent les plats parsemés de ciboulette asiat émincée

Au Cambodge, on sert toujours plusieurs plats et chacun mange de tout dans des petits bols, avec bien sûr, la base de la base, du riz blanc.

A Paris, vous pouvez tout acheter pour la cuisine au Paris Store ou Frères Tang dans le 13. Et à Lille, trois épiceries rue Jules Guesdes à Wazemmes.

Frères Tang :  48 Avenue d’Ivry, 13ème, Paris

Paris Store : 44 Avenue Ivry, 13ème, Paris

 

Nam baay!