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Asiatiques en politique : une minorité de plus en plus visible

4 juin 2012

Ils s’appellent Chenva, Buon, Liêm, Jean-Vincent ou Fleur, ils représentent la minorité visible des Asiatiques de France. Leurs origines, parcours et engagements sont différents, mais ils ont en commun la volonté de conquérir les institutions politiques.

Des yeux bridés, un visage fin et mate, en jean et mocassin, Chenva Tieu, 48 ans est un entrepreneur à la tête de quatre sociétés, un des fondateurs du Club XXI siècle qui fait la promotion de la diversité dans la sphère publique et le « Monsieur Asie » de l’UMP. Né au Cambodge de parents chinois, secrétaire d’Etat chargé des relations avec l’Asie depuis l’année dernière, il a été investi aux élections législatives dans la 10ème circonscription de Paris.

Nicolas Sarkozy aurait été séduit par son discours volontariste. « La croissance de la France dépend de la production. Cette croissance, il faut aller la chercher là où elle est, en Asie », déclare-t-il. En stratège, il a suggéré à Nicolas Sarkozy que « la France utilise un de ses atouts : sa communauté asiatique, ces Français bi-culturels. »

Le président aurait-il saisi le message ? Il a particulièrement soigné ses vœux à la communauté asiatique, venue en nombre record assister au Nouvel an chinois et vietnamien à l’Élysée, en février dernier. Une opération séduction à l’égard de ces Français d’origine asiatique qui réclament plus de visibilité ?

Le vote asiatique

Chenva Tieu est passé par les tours de Chinatown à son arrivée en France en 1975 après que sa famille ait fuit les Khmers Rouges. Aujourd’hui résident à Montmartre et investi dans la 10ème circonscription, à cheval sur une partie du 13ème (dont le Chinatown) et du 14ème arrondissement, il se défend d’utiliser ses origines pour capter le vote de la communauté asiatique.

« Je ne sais pas ce que ça veut dire le vote communautaire. J’ai envie de dire aux Asiatiques de France que nous sommes une composante de l’identité nationale. Je serai député de tous les Français, avec une sensibilité, une proximité et une oreille pour les Asiatiques », affirme-t-il.

Le vote asiatique existe-t-il ? Cliché numéro 1 : les Asiatiques sont de droite. « Politiquement, les Asiatiques sont assez répartis autour du centre. Ils suivent avant tout un principe de prudence », note Emmanuel Ma-Mung, spécialiste de l’immigration au laboratoire Migrinter du CNRS.« Mais comme pour tout le monde, ce qui prime, c’est leur position sociale », nuance-t-il, « s’ils sont petits patrons ou employés, leur orientation sera différente ».

Cliché numéro 2 : les Asiatiques sont abstentionnistes. Buon Hong Tan, président de l’Amicale des Teochew de France (diaspora chinoise d’Asie du Sud-Est) et actuel adjoint au maire PS du 13ème arrondissement, se rappelle des élections municipales de 2008. « Sur le terrain, je poussais les jeunes Asiatiques à aller voter ». D’après lui, « les familles asiatiques sont moins politisées ». « Je pense que le changement viendra avec la jeune génération. »

Le grand écart culturel

Les Asiatiques sont-ils aussi discrets que le veut la légende ? Pierre Picquart, sociologue spécialiste de la Chine, tient à souligner qu’un fossé culturel sépare les Asiatiques de leur terre d’adoption républicaine.

« En Chine, la démocratie n’est pas bien perçue par le peuple. On préfère un leader politique qui rassemble tout le monde, explique-t-il. La conception même du vivre-ensemble est différente. C’est plus rentable de faire des choses concrètes. La politique ne stimule pas. »

« Parler politique, c’était un sujet interdit à la maison », confirme Liêm Hoang Ngoc, premier député européen d’origine asiatique, élu en 2009 aux couleurs du Parti socialiste. Pour ses parents, émigrés vietnamiens, la politique était taboue. « Ils estimaient que la France n’était pas leur pays et ils pensaient que si je faisais de la politique, je serais envoyé en prison », confie-t-il.

Wei Ming ou Martin Shi, pour la version francisée, travaille dans une épicerie exotique de Belleville. Originaire du sud de la Chine, l’ancien co-responsable du Parti Radical du 20ème arrondissement a lui aussi eu envie de s’engager. « Je n’ai jamais eu le droit de voter en Chine alors ici, c’est une chance pour moi. Ici on a le droit de s’exprimer », proclame-t-il fièrement. « Et les Asiatiques ont envie de s’intégrer à la vie politique ». Pour lui, la première barrière, c’est la langue qui les rend « invisibles ». Cet accent haché cliché, popularisé récemment par l’humoriste Frédéric Chau du Jamel Comedy Club.

Gueule d’asiat

En France, la communauté asiatique est estimée à environ un million de personnes par Pierre Picquart. (Nombre de Français d’origine asiatique, de naturalisés et de familles biculturelles). Les Asiatiques du Sud-Est ont émigré à la fin des années 70, fuyant les guerres civiles et le communisme, tandis que les Chinois sont arrivés dans les années 80 avec l’ouverture de leurs frontières.

Les nouveaux venus en politique font partie de la seconde génération qui atteint aujourd’hui 20, 30 ou 40 ans. Ils emboîtent le pas à leurs aînés des communautés maghrébines et africaines, dont la question de la représentativité s’est imposée dans le débat il y a une quinzaine d’années.

Le premier homme politique « visiblement asiatique » médiatisé est le sénateur Europe Ecologie-Les Verts de l’Essonne, Jean-Vincent Placé. Plutôt paradoxal, dans la mesure où il n’est pas représentatif de la communauté asiatique étant né en Corée et adopté à l’âge de 7 ans. Sous les dorures du Sénat, il explique gêné: « C’est Alain Marleix qui a attiré l’attention sur mes origines en étant discourtois à mon égard ». Le secrétaire d’Etat UMP l’avait qualifié de « coréen national ». Choqué, Jean-Vincent Placé avait porté plainte. Celui que ses amis appellent « le Normand », ironise :

« Je me sens concerné dans la mesure où j’ai une face d’asiatique, mais je ne suis pas biculturel. Politiquement personne ne me perçoit comme asiatique et je ne veux pas instrumentaliser ça ».

Ce décalage d’image, Fleur Pellerin, conseillère numérique du candidat François Hollande pour les élections le connaît aussi. Elle a aussi été adoptée en Corée à un an. Avec sa coupe au carré impeccable, et son trench en skaï, Chenva Tieu la qualifie de « banane » : blanche dedans et jaune à l’extérieur. Fleur Pellerin parle d’une véritable « projection » de la communauté asiatique sur elle. « Je recevais des messages sur Facebook d’asiat’ qui me félicitaient car ils avaient l’impression que je les représentais », sourie-t-elle. « Je comprends leur fierté. Je trouve ça plutôt bien. » Au Club XXI siècle qu’elle dirige, elle est d’avantage sensible à « la diversité sociale » et réfute « l’approche communautariste ».

Les politiques ne jouent pas le jeu

Pour la communauté asiatique, l’effet miroir est loin d’être systématique. Avec son air déterminé, Cuong Pham Phu, est technicien dans une grande surface en Seine-et-après un service dans la Légion Etrangère. Il a lancé le Cercle de réflexion sur l’avenir des Français d’origine asiatique dont la page Facebook compte 316 membres et tient un blog, où il raille ces « premiers arrivés » qui représentent l’« élite ». Celui qui met une énergie considérable à parler un français délié malgré un accent marqué n’a pas été élu aux cantonales de 2011. Il s’était présenté sur une liste indépendante après avoir quitté le PS, accusant les grands partis de réserver trop peu place aux minorités.

Martin Shi, le commerçant de Belleville, dresse lui aussi le même constat. Il a quitté le Parti Radical déplorant que les partis « ne donnent pas de places gagnables » à des candidats tels que lui. Le processus de cooptation est-il trop long ? Chenva Tieu s’était lui aussi plaint d’avoir été écarté des élections législatives de 2007 par l’UMP.

« L’égalité des chances ce n’est pas de la discrimination positive qui signifie qu’on réserve des places à la ligne d’arrivée. Nous, on réclame des places sur la ligne de départ », affirme-t-il avant de recommander à la communauté asiatique d’être « plus activiste ».

Il a crée le Conseil représentatif des associations asiatiques de France (CRAAF) en 2011. Une « force constituée » pour exprimer leurs revendications face à « l’Etat, aux médias et au capital ». Le Conseil national des asiatiques de France (CNAF), est aussi né l’année dernière. Ces deux institutions sans site web ne sont toujours pas actives. « Des problèmes de chef », lâche Chenva. C’est Buon Ton, l’adjoint au maire du 13ème qui a été élu président du CRAAF. De son côté, ce dernier promet la publication prochaine d’un livre blanc des demandes de la communauté asiatique aux différents candidats à la présidentielle.

2012, année asiatique ? L’affirmation de la communauté en politique reste encore marginale, mais des figures ont émergé au-delà de la simple représentation. « Il se passe quelque chose », sent Chenva Tieu.« On peut se révéler dans notre diversité. Les jeunes doivent mettre en valeur leur complexité. »

Article écrit dans le cadre d’un stage aux Inrocks.com

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La recherche des parrainages, le marathon des petits partis

18 janvier 2012

A moins de 90 jours du scrutin, certains partis sont encore loin d’avoir rassemblé les 500 signatures d’élus indispensables pour présenter un candidat à l’élection présidentielle. Ils se plaignent d’un système qui, selon eux, favorise les formations les plus importantes. Reportage à Lille.

450 promesses de signatures pour Debout la République (DLR), 350 pour le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), 300 pour le Front National (FN). Si le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan approche du but, les autres peinent toujours à récolter les 500 parrainages nécessaires au dépôt de leur candidature. Face aux grands partis – UMP, PS, Europe Ecologie, Modem -, assurés d’être représentés au premier tour le 7 mai prochain, ces partis pas si petits s’inquiètent. Il ne leur reste plus que deux mois avant le dépôt officiel des signatures auprès du Conseil constitutionnel, le 16 mars.

Sont habilités à « parrainer » quelque 45 000 personnes : maires (environ 36 000), députés, sénateurs, conseillers régionaux et généraux. Dans cette dernière ligne droite avant l’entrée en campagne, ce sont les militants qui sont envoyés en première ligne pour convaincre les élus.

De militant à VRP

« Dans  la  région  Nord,  nous  avons  obtenu  les  promesses  de  cinq élus  », confie Rémi Berger, 26 ans, essuyant les gouttes de pluie qui ruissellent de son crâne à son costume. Responsable régional de Debout les jeunes, il est chargé de coordonner la campagne électorale. Un travail de longue haleine, engagé depuis l’été dernier.

 

Rémi Berger, militant Debout la République depuis 2008 

Pour Thibault Blondin, chargé des élections au Nouveau parti anticapitaliste, la logistique est primordiale pour recueillir le maximum de parrainages. « On se transforme en VRP. On ne conseille pas à nos militants d’appeler, les maires ne répondent pas. Nos équipes se répartissent des zones et vont sur place plusieurs fois pour maintenir une porte ouverte. Après, c’est un savant dosage de discussion et d’expérience.»

A l’assaut des maires sans étiquette

Tandis que les « partis d’élus » s’appuient sur un réseau solide et loyal, les formations plus modestes, qui comptent peu d’élus sur le territoire, doivent se tourner vers les maires sans étiquette, généralement à la tête de petites communes. Lors des dernières élections présidentielles, sur le nombre d’élus habilités à parrainer un candidat, huit sur dix étaient des maires.

Part des élus ayant parrainé un candidat en 2007 dans le Nord

« On va voir les maires de petites communes populaires. Les grands partis ont moins d’influence sur ces maires qui en ont vu d’autres. Ils n’attendent pas après Hollande ou Sarkozy », déclare Claude Martin, responsable régionale de Lutte Ouvrière (LO). Les grands partis font jouer le soutien filial et n’hésitent pas à donner des consignes directes aux élus à l’instar du Parti Socialiste. Martine Aubry, la Première secrétaire, a demandé dans une lettre électronique qu’ « aucun parrainage d’élu socialiste et républicain ne manque à notre candidat », François Hollande.

« Parrainage », un terme ambigu

Chaque candidat doit récolter au moins 500 parrainages répartis équitablement sur le territoire : la réglementation empêche que plus de 10% des signataires proviennent de la même région. Sur une base de 45 000 élus habilités à donner leur signature, cela devrait, a priori, ne pas poser de problème.

« On a peut-être une promesse dans le Nord-Hainaut », lâche Eric Dillies, le responsable de fédération Flandre-Métropole lilloise du Front national dans son bureau aux grandes fenêtres cloisonnées contre d’éventuels plasticages. En 2007, dans la région, le FN avait obtenu 10 précieux sésame. Depuis, il y eu les élections régionales 2010 et de nombreux conseillers régionaux FN n’ont pas été renouvelés.

Le nombre d’élus de Debout la République, du NPA, du FN et du PS dans le Nord

Aujourd’hui, avec environ 130 élus sur tout le territoire, le FN emploie les grands moyens pour obtenir ses signatures : 36 000 courriers envoyés à travers la France à destination des élus. « Une opération extrêmement coûteuse, en temps et en argent », souligne-t-il, déplorant les réticences des maires à donner leur signature au FN.

Eric Dillies, secrétaire départemental du FN

« Il y a une ambiguïté sur le terme de parrainage. L’idée que les maires apportent leur soutien personnel à un candidat ». Pour Eric Dillies, cette confusion fait peur aux élus, qui redoutent d’être perçus comme des sympathisants du parti frontiste. « Cela pose un vrai problème de représentation, quand on sait que Marine Le Pen a un très fort potentiel électoral ».

Des pressions d’en haut et d’en bas

« Sur le terrain, les arguments des maires sont toujours les mêmes : on ne fait pas de politique, le conseil municipal est de toutes les couleurs », rapporte Thibault Blondin du NPA.

Selon tous les petits partis interrogés, les maires redoutent les réactions de leurs administrés. Une pression venue d’en bas d’autant plus forte lorsqu’on est maire d’une commune de 200 âmes, et que l’on croise quotidiennement ses habitants. « Des maires souhaitaient nous soutenir, mais ils se sont rétractés après leur conseil municipal », affirme Rémi Berger de Debout la République.

Les maires éviteraient donc de se mouiller en prenant des engagements politiques qui pourraient leur être défavorables, aussi bien dans les urnes que dans le portefeuille communal. « Les maires subissent aussi des pressions de leur communauté d’agglomération, de leur région », ajoute Thibault Blondin. « Ils ont peur des retombées négatives sur leurs subventions, pour des projets locaux comme des écoles ».

Des craintes justifiées par le développement de l’intercommunalité qui favorise les rapprochements entre les petites communes :  répartition des taches et des responsabilités locales. En introduisant plus d’interdépendance entre les municipalités, les maires perdent en autonomie, notamment en ce qui concerne les budgets alloués.

La réforme des collectivités locales, lancée sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, comporte une mesure phare : la création de conseillers territoriaux qui, en 2014, remplaceront conseillers régionaux et conseillers généraux. Une simplification du « millefeuille administratif » qui risque d’handicaper encore un peu plus les partis déjà peu représentés. « L’intercommunalité va porter préjudice aux petits partis, et c’est déjà le cas », estime Serge Martin, directeur de l’Association des Maires du Nord (AMF).

Un système contesté

En 1962 fixé à 100, le nombre de signatures a été relevé à 500 par la loi du 18 juin 1976, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Objectif revendiqué à l’époque : limiter le nombre de candidatures et écarter les plus fantaisistes pour une organisation de l’élection présidentielle optimale. Cela n’a pas empêché le nombre de participants de grimper en flèche avec les années : en 2002, seize candidats s’affrontaient lors du premier tour.

L’application de cette loi met aujourd’hui en difficulté des personnalités dont le projet présidentiel n’a rien de folklorique. En 2007, le candidat du NPA Olivier Besancenot avait obtenu un peu plus de 4% des suffrages. « Cette règle participe au rétrécissement démocratique de notre pays. On passe à quatre partis seulement assurés de pouvoir y aller », s’indigne Thibault Blondin, chargé des élections. « Le problème, c’est que les grands partis veulent nous imposer un bipartisme à l’américaine », déplore Rémi Berger de Debout la République. « L’UMP et le PS n’ont pas d’intérêts à voir émerger de nouvelles personnalités porteuses de solutions alternatives pour la France ».

Pour Pierre Martin, spécialiste des systèmes électoraux au CNRS, le fonctionnement de l’élection présidentielle est une aberration française. « Je ne vois pas pourquoi ce sont les maires qui décident qui doit être candidat. En quoi être maire donne-t-il cette légitimité ? », s’interroge le chercheur, qui prend l’exemple de la Finlande, où un candidat peut être parrainée par 20 000 citoyens. En France, « la loi est absurde, mais pas aux yeux de ceux qui ont le pouvoir ». Et ce système de vote citoyens, des petits partis tel que le NPA l’appelle de leur vœux.

Ce sont les citoyens eux-mêmes qui auraient la légitimité d’apporter leur soutien personnel au candidat de leur choix. Le président de l’Association des maires de France, Jacques Pélissard, s’est quant à lui exprimé en faveur d’un « double parrainage », qui offrirait la possibilité aux élus de donner sa signature à deux candidats. Une manière de faciliter la pré-campagne des petits partis, et d’atténuer les tensions que suscite la recherche des signatures.

Chez les partisans de Nicolas Dupont-Aignan, on souhaiterait revenir sur la publicité des soutiens. Depuis 2002, 500 élus parmi tous les signataires sont tirés au sort et publiés au Journal officiel pour tous les candidats. « Ca aiderait », lance Rémi Berger. Le militant ne se décourage pas. Il repart sonner chez les maires sous le crachin du Nord avant un rendez-vous avec la presse. Car selon lui, même avec le meilleur engagement, le terrain ne fait pas tout. C’est l’autre bataille de ces petits partis : l’accès aux grands médias. Un accès qui dépasserait les quelques semaines de lumière médiatique précédant l’élection présidentielle.

Etienne Bouche et Eléonore Sok-Halkovich

Écrit dans le cadre d’une session politique à l’ESJ


« La communauté bouddhiste de Roubaix est discrète mais ouverte »

16 octobre 2011

A Roubaix, les fidèles de la pagode laotienne Wat Bouddhabouxa sont en plein préparatifs pour la fête de Kathine qui aura lieu dimanche 16 octobre. À la tête de cette enclave couleur pourpre en terres du Nord, le vénérable Chatchawan Surin qui fête 24 ans de service. Entretien. 

Que célèbre la fête de Kathine ?

Cette fête célèbre la fin du carême bouddhiste qui dure trois mois. Pendant ces trois mois de prière, on sort moins. On peut être invités chez des fidèles, on peut visiter des malades mais on ne peut pas s’éloigner de la pagode pendant plus de sept jours. Kathine c’est la journée du don mutuel. Ce jour-là, les fidèles nous offrent des vêtements pourpres et de la nourriture. Officiellement Kathine c’était hier mais nous le fêterons dimanche car les gens travaillent. Il y aura avec une cérémonie religieuse, de la méditation et un grand repas. Tout le monde est bienvenu.

Combien de personnes vivent à la pagode ?

Nous sommes quatre moines à vivre ici. Les femmes en blanc, (il désigne un groupe de femmes âgées qui s’affairent en cuisine), sont des nones. Elles viennent pour aider dans la journée mais ne vivent pas ici, c’est interdit. On accueille aussi les hommes qui se font bonze quelques temps [expérience temporaire de la vie de monastique, NDLR].

Décrivez-nous une journée quotidienne.

Je me lève à 5 heures du main, été comme hiver. Je médite de 6h à 6h30, je prie de 6h30 à 7h, puis je prends mon petit-déjeuner. Dans la matinée, je m’occupe, je prie. Si des fidèles viennent, je dois leur consacrer du temps. Ils me racontent leurs difficultés ; problèmes de santé, problèmes de cœur, différends familiaux que je dois arbitrer. Je mange à 11h30, c’est le second et dernier repas de la journée. Après, je peux juste boire du thé. Le soir il y a une autre prière à 18h30 et je me couche vers 22h.

Vous avez un avis sur tout ce que les fidèles vous confient?

(Il rit). Oui, il faut bien. Je suis leur chef spirituel. On devient vénérable au bout d’au moins vingt ans d’expérience. J’ai 61 ans, alors j’ai l’habitude, je sais quels conseils leur donner.

Dans quelles conditions êtes-vous arrivé en France ?

En 1988, la communauté laotienne de Roubaix a fait appel à moi pour venir m’occuper de sa pagode. Je suis venu. Quand on est moine, on ne choisit pas. On peut être affecté n’importe où. Le comité décide, il faut obéir. Je parlais thaï, lao, khmer et anglais, mais pas français. J’ai appris au fur et à mesure. Les moines ont un passeport spécial, donc je peux rester à vie.

Que représentait la communauté laotienne à cette époque ?

La plus grande partie de la communauté était arrivée en France à partir de 1975, après le renversement de la royauté et l’instauration de la République démocratique populaire lao communiste. Débarqués à Paris, beaucoup sont montés dans le Nord pour travailler. Traditionnellement, les laotiens sont doués pour les métiers du textile. Dans les années 80, l’industrie du textile marchait bien dans la région. Beaucoup de Laotiens se sont installés à Roubaix. L’association Wat Bouddhabouxa a été crée en 1983. La pagode a déménagé plusieurs fois car on ne trouvait pas de bons locaux. En 2006, on e eu ces locaux grâce à la mairie et on a pu bien s’installer. On a fêté l’ouverture officielle de la pagode en juin dernier après des années de travaux.

Quel est l’état de la communauté aujourd’hui ?

Ce qui va mal chez nous aujourd’hui c’est le travail. Avec la fermeture des usines textiles comme Pimki, Promod, il n’y a plus de boulot. Beaucoup de laotiens sont partis en Belgique, où c’est plus facile de travailler. Mais dans certaines usines, parler flamand est une condition d’embauche. Ici, il y a du chômage. Mais la nouvelle génération fait de bonnes études et trouve un bon travail. Ils sont bien intégrés.

La nouvelle génération est-elle pieuse ?

La génération qui est née ici, pas vraiment. Les jeunes viennent encore pour les fêtes, en famille, mais pas souvent seuls. Ils disent qu’ils sont occupés. Ils sont trop occupés à jouer sur leur ordinateur ! On ne peut pas les forcer. Ces jeunes ont moins de liens avec leur racine.

Comment vous financez-vous ?

Exclusivement avec les dons des fidèles, d’ici et de toute la France. On écrit des lettres pour les inviter aux fêtes. Pour ces occasions, c’est dans la coutume de donner un peu d’argent, mais ce n’est pas obligatoire. C’est pour cela aussi que nous sommes très proches dans la communauté.

Quel rapport entretenez-vous avec votre voisinage et avec les autres communautés ?

On s’entend très bien avec nos voisins. La mairie leur a demandé s’ils étaient d’accord pour que la pagode s’installe ici et ils ont dit oui. Avec les autres communautés religieuses nous avons peu de rapports. Entre communautés bouddhistes, nous avons des rapports très étroits. A Roubaix, il y a quatre pagodes : une autre laotienne, une cambodgienne et vietnamienne. Nous n’avons pas les mêmes fêtes mais le même bouddhisme theravada. On se déplace souvent de pagode en pagode, on s’invite et lorsqu’on manque de moines pour certaines cérémonies qui nécessitent d’être nombreux, on fait appel à eux.

On dit des asiatiques et des bouddhistes qu’ils sont discrets, communautaristes, qu’en pensez-vous ?

C’est vrai que nous sommes discrets, mais nous sommes ouverts. La porte de la pagode est toujours ouverte, tout le monde peut entrer. Nous avons aussi des Français qui viennent prier et plusieurs convertis. Ils sont nombreux le week-end à l’occasion des fêtes.

Cherchez-vous à convertir de nouveaux fidèles ?

Non, nous ne sommes pas comme ça. Les bouddhistes ne cherchent pas à convertir un maximum de personnes. Nous ne faisons pas de porte-à-porte.

Y a-t-il de nouveaux fidèles dans le Nord ?

Non, il n’y a pas plus en plus de bouddhistes. On fait des travaux dans la seconde pagode laotienne de Roubaix, rue de Strasbourg, mais ce n’est pas parce que nous sommes plus nombreux. On s’installe mieux c’est tout. En revanche à Paris, il y a de nouvelles constructions, les bouddhistes sont en expansion.

La pagode Wat Bouddhabouxa, située 21 rue Favreuil à Roubaix, ouvre ses portes pour la fête de Kathine le dimanche 16 octobre.

Écrit dans le cadre d’une session interview

CAMBODGE – International heebie-jeebies over the jeeb

12 octobre 2011

An ancient ceremonial dance move has the Thai and Cambodian governments twisted all out of shape.

 

Who owns the jeeb? That’s the question which further agitated Thailand and Cambodia right in the middle of political tensions over the disputed Preah Vihear temple two months ago. It’s a debate that may seem trivial next to the situation at the border, but which revealed just how fiery the nationalist sentiments on both sides are running.

The jeeb is the graceful hand position where the thumb touches the index finger and the other three fingers are fanned out – a cornerstone of traditional ballet and shadow theatre in both Thailand and Cambodia. But in 2008, the jeeb was included under the umbrella of the Royal Ballet of Cambodia and Khmer shadow theatre, when they were registered on UNESCO’s Representative List of Intangible Cultural Heritage of Humanity. There they remained for three years, until August, when the new Thai Culture Minister Sukumol Kunplome declared that gaining official ownership of the jeeb, and the accompanying shadow plays, was a national priority.

“They are part of the Thai cultural heritage, so if another country has registered them, we have to find a solution,” she declared in the media, adding that the jeeb is used to promote Thai culture and it would be controversial if it was branded ‘Cambodian’.

While archeologists debate the true origin of the jeeb, and politicians squabble about who owns it, dancers on both sides of the border are quick to declare that the hand gesture wars are based on a false premise: there are actually two different types of jeeb; one for each nation.

To the untrained eye, the “Khmer” jeeb and the “Thai” jeeb both appear, well, pretty much the same – a fact which no doubt heightens the stakes of the battle. Because if Thailand succeeds in reclaiming the Cambodian jeeb that was registered with UNESCO, they will have effectively hoarded all the heritage.

Sam Sathya, a prominent 44-year-old Khmer dancer who teaches traditional ballet at the Royal University of Fine Arts in Phnom Penh, is adamant that the hand gesture registered with UNESCO is a Cambodian one.

“The jeeb movement belongs to the Khmer people,” she told 7Days. “The difference between the Thai gesture and ours is that we have more tension in our hands and fingers, because we dance with the spirits. We keep our power in our body and our fingers.”

Her former teacher, Minh Kosny, concurs. In the 1960s, Minh Kosny danced in the Royal Ballet, and after a successful career, the 63-year-old rose up to become a Secretary of State in the Ministry of Culture and Fine Arts.

“These ballet dances were created at Angkor Wat at a time when there were no borders between Thailand and Cambodia. Thai people used to live in Cambodia at that time and the borders were extended to China,” she said.

“The Thai culture has its own identity, and the Khmer culture does too. We can’t use another identity. Although we have the same kinds of dance, we have different ways to express ourselves.” Minh Kosny explained the numerous nuances within the pose.

« There are eight basic hand gestures in Cambodian dance,” she said. “The jeeb is one of them. And it can be used in different ways to express different things. For example, when the hand is placed before the mouth it means the girl is shy. It can also mean to laugh, to introduce ourselves, to pick a flower, to write, to make up eyebrows, to swim, and so on.”

On the other side of the border, prominent Thai dancer Pichet Klunchun is attempting to moderate the disagreement between the neighbours. The dancer said he believes the dispute to be a simple mix-up, inflamed by stubborn inter-governmental sabre-rattling.

“I think that the Thai jeeb belongs to Thailand, and the Cambodian jeeb belongs to Cambodia. Each one is different,” he said. “The government and related organisations are creating more conflict between Thailand and Cambodia, adding to present problems about the disputed territory, because the parties do not explain that the jeeb in Thai dance is different from Cambodia’s,” he said.

“The ambiguity creates misunderstanding and conflict. Thailand can register for the tangible heritage for the Thai jeeb but should not claim that the Cambodian jeeb, which was registered by Cambodia, belongs to Thailand. I still want to insist on the fact that the Thai jeeb and Cambodian jeeb are different.”

Anne Lemaistre, UNESCO representative for Cambodia, said that arguments like the fight for the jeeb are commonplace in countries which share a common history.

“We want to put it into perspective; the cultures of both countries are the results of centuries of dynamic changes. So it’s normal to find similar things in both cultures,” she said.

“The jeeb is only one hand gesture among about 4,500. In my opinion, the Thai Minister of Culture just wants to put the topic on top of the agenda, but if they want to register their own jeeb, they can do it.
They just have to ratify the convention on Intangible Cultural Heritage of Humanity first.”

For most dancers, the fight is a frustrating side issue. Khmer and Thai dancers influenced each other centuries ago, and they continue to work together today.

Belle, a Khmer ballerina, said “We don’t need to say which of the two countries owns the jeeb. I have collaborated with Thai dancers before and we think as artists, not as countries. We don’t want to fight, just make art together.”

Difference between Thai Jeeb and Khmer jeeb in the book

ADDITIONAL REPORTING BY CHAKRIYA KHIEV

Article écrit pour le Phnom Penh Post

CAMBODGE – J’ai testé pour vous : les photos traditionnelles de mariage

12 septembre 2011

Les jeunes couples en goguette et les familles khmères aiment se faire tirer le portrait en tenue traditionnelle dans des studios de photo dédiés à cet art. Avec mes cops, nous avons tenté Heng Heng Photo Studio sur Monireth boulevard. Une soirée haute en couleur.

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Dès l’entrée, nous sommes accueillies comme des princesses par le monsieur en tee-shirt blanc. Il nous emmène en salle de maquillage où deux jeunes préparatrices nous attendent fatiguées. Viennent les négociations, les choses se corsent. Nous voulons deux photos de groupe et un portrait en trois exemplaires pour 8$, tarif connu de par nos amis. Tee-shirt blanc ne comprend pas, mes cops négocient, les employées s’y mettent, l’anglais de tout le monde est mauvais, ça gesticule, ça parle fort avec des voix stridentes. Après plusieurs schémas et dessins improvisées par mes imaginatives copines, l’affaire semble réglée. Moi j’ai la migraine.

La transformation en parfaite Khmère kitsh commence. Première étape : maquillage. Exactement le même pour nous trois qui sommes pourtant assez différentes. Fond de teint bien pâle, (la mode est au blanc ici), blush doré et faux cils. Je n’en ai jamais mis de ma vie car je n’ai presque pas de paupières. Mais ici on connaît, on vous les collent bien en-dessus de la racine. Une lame de rasoir aussi propre que le Champ de Mars après la Fête de la musique est utilisée pour tailler les crayons. On nous fonce alors le sourcil, marque les arrêtes du nez et les pommettes et un bon trait d’eye liner complète la panoplie oeuil de biche. On a déjà l’air de cocottes.

Deuxième étape : les cheveux. La princesse brune, se fait faire une grosse boule au-dessus de la tête. La blonde, que l’on surnommera affectueusement Javotte en référence à la soeur de Cendrillon podo-difforme, un chignon banane à la cambodgienne. La coiffeuse secoue un spray et répand une traînée dorée dans mes cheveux, ça y est je suis blonde. Puis, on nous sort de grosses perruques élimées. Javotte hérite d’une masse informe et chatain bouclée, Princesse, une touffe sombre emmêlée et moi, une corolle de boucles auxquelles on adjoint de belles anglaises. Et une tiare de Miss France pour chacune. Je me fais gronder car je me suis remis une dose de blond qui a coulé sur mon diadème en diamant. Bah, ça fait du bronze.

Troisième étape : choix des robes en catalogue. Hum, les couleurs sont sympas. Javotte qui n’a pas froid aux yeux opte pour un vert canari, la princesse reste dans ses tons avec un rose fushia et moi je m’offre le luxe d’un beau bleu nuit. On nous fait enfiler un corset amincissant. L’espace sein est tout pointu, si l’on en a pas, on flotte dedans. Par-dessus, on enfile le bustier d’apparat tout pailletté, perlé ou gansé de fils d’ors. Les jupes sont des carrés de tissus enroulés autour des hanches par un pliage savant. On adjoint à mes amies des épaulettes en dentelle.

Puis les bijoux. Des boucles d’oreille, des colliers, des bracelets, des bracelets de bras, des bracelets de pied. Je me retrouve argentée de la tête et dorée des bras, intéressant. Pour finir, l’accessoire clé : les chaussures. Pas besoin de taille, on enfile toutes les même  simili babouches à talon. L’une d’entre nous obtient une paire de talons à la couleur douteuse au vu de la celle de sa tenue. Cherchez l’erreur.

Étape suivante et pas des moindres : le shooting. Nous arrivons en trottinant comme des robots princesses compressées. Nous passons chacune notre tour. La pose est de rigueur : mains repliées hyper naturellement, doigts gracieux, sourire de trois quarts, bouche ouverte et air ingénu. On passe aux photos de groupe. Le photographe nous place en ligne. Je me retrouve au centre. « Ah non! s’écrient mes copines, on ne va pas jouer les Dalton de la plus grande à la plus petite!« . »Mais si, c’est très beau reprend l’expert« . On ne cédera pas. La plus petite au milieu. On glousse. On se lâche. On sort du rang. Fini les mariées, on joue les pin up, puis les gangsta. Dubitatifs, nos amis khmers sourient.

Après avoir abusé des photos de groupes perso bien drôles et bien moches, nous nous déshabillons. Princesse et moi voulons garder nos faux-cils pour la soirée. On les négocient pour « pi poan », 30 centimes d’euros, ça va. On garde aussi nos cheveux et notre maquillage. Pensez-y avant la sortie hebdomadaire au Poutoon, rien ne vaut l’oeil charbonneux et la peau pâle pour se faire repérer dans la fumée hi hi!

Dernière étape : photoshopage. quelques jours plus tard, on retrouve ses photos tirées sur papier. Ô surprise. Dents rapprochées, mèches rebelles gommées, boutons envolés au profit d’un teint laiteux à faire pâlir Scarlett O’Hara. Nous n’avons pas choisi le fond de l’image mais nous sommes heureuses de nous retrouver en parfaites femme au foyer élégante et béate, dans un intérieur design ou devant le sublime temple d’Angkor Wat. L’expérience est marrante. À votre tour!

CAMBODGE – J’ai testé pour vous : L’absinthe Bar, un goût de Bohème à Phnom Penh

10 septembre 2011

Le premier bar à absinthe a ouvert à Phnom Penh il y a quelques mois. On y propose 18 différents breuvages dans une ambiance du Paris des artistes d’antan.

Attirée par cette curiosité locale, je pénètre dans l’Absinthe bar rue Pasteur pour goûter à cette boisson sulfureuse à des milliers de kilomètres de sa terre d’origine. L’antre de Bacchus est plutôt accueillante : comptoir en bois, carrelage en damier noir et blanc, lumière tamisée, mais sur le mur vert une affiche donne le ton : « L’absinthe c’est la mort ». Le gérant est derrière son comptoir. Sur sa carte, il me laisse le choix parmi 18 différentes absinthes toutes importées de pays Européens : France, Suisse, République Tchèque. Les prix s’échelonnent de 3 à 7 dollars.

Thibault Sargentini, grand lillois aux yeux aussi clairs que l’alcool qu’il propose, a eu l’idée d’ouvrir son bar lors d’une nuit de beuverie avec ses amis à Kampot. Arrivé au Cambodge en 2008, il cherchait une idée originale, un concept.  « Les gens viennent ici pour une expérience, pour goûter pour la première fois un alcool qu’ils connaissent. L’absinthe a une histoire « , déclare-t-il.

J’opte pour une Hapburg Deluxe, la plus forte et la moins chère. Thibault Sargentini sort alors le matériel. Verre à pied, reproduction de la cuillère Toulouse Lautrec, fontaine à eau. Il saisit la bouteille anglaise et verse un peu de substance d’un vert sombre. Puis il place un sucre sur la cuillère,  » à la mode tchèque « , m’explique-t-il. Il fait tremper le sucre dans le verre puis le brûle. J’observe le cube blanc frémir sous le filet d’eau de la fontaine tout en frémissant moi-même à la pensée de ma future migraine provoquée par ces 89 degrés d’alcool. Je trempe mes lèvres. C’est étonnement bon. Un goût frais, un mélange de saveurs très douces, bien plus subtiles que le Pastis à papa.

La fée verte

L’absinthe a mauvaise réputation depuis les Degas, Van Gogh et Toulouse-Lautrec, ces artistes maudits du Montmartre du 19èmesiècle. Pourtant, elle a été relégalisée en France l’année dernière après vingt et unes années d’interdiction où on en trouvait une version édulcorée sous l’appellation « spiritueux aux plantes d’absinthes ». Si on disait qu’elle rendait fou, c’est à cause de certains alcools frelatés que l’on pouvait trouver à l’époque. Une mauvaise distillation produisait du méthanol au lieu de l’éthanol. Ce tord-boyau était responsable de nombreux décès.

Je cligne des yeux, ça va, je vois toujours aussi net. En France, l’absinthe était le premier apéritif consommé avant le vin. Face à cette montée en puissance, le lobby du vin et les premières ligues anti alcoolémie l’ont fait interdire en 1914 pour démonter la concurrence. Mais l’absinthe revient à la mode et pimente une longue soirée d’été. Deux hommes au bar savourent leur verre. « C’est un lieu vraiment intéressant. L’absinthe est délicieuse, j’aime le goût final qu’elle laisse sur la langue », confie Rob Lamb, un Hawaïen de passage.

Thibault espère faire davantage fructuer ses affaires. À son billard au premier et son toit-terrasse, il compte désormais ajouter une corde culinaire en proposant une petite restauration brésilienne. Ca y est, j’ai bien fini mon verre comme les autres, je suis bien désaltérée et je n’ai même pas la tête qui tourne. J’ai juste envie de danser un french cancan et d’écouter Aznavour chanter La Bohême.

Absinthe bar, 216 rue 51, ouvert de 17h à 3h, tous les jours sauf le lundi.

Article écrit pour lepetitjournal.com

CAMBODGE – Danse contemporaine : Entretien sur la planète des singes d’Émanuelle Phuon

5 septembre 2011

La chorégraphe franco-khmère Emmanuelle Phuon a présenté sa dernière oeuvre de danse contemporaine à Phnom Penh. Pour Khméropédies III, elle a organisé pendant six semaines un atelier de création avec sept danseurs cambodgiens autour du rôle du singe dans le ballet classique khmer. En puisant aux sources de la danse traditionnelle, elle invente un nouveau langage pour la danse contemporaine.

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Pourquoi êtes-vous revenue travailler au Cambodge ?

Emanuelle Phuon : J’ai commencé la danse au Cambodge, au palais du roi à l’âge de 7 ans. Je suis allée au Conservatoire national de danse d’Avignon puis je suis passée à d’autres formes de danse, ballet classique, jazz et contemporain, et aussi par d’autres pays. Après une carrière de danseuse aux Etats-Unis dans la compagnie de Mikhail Baryshnikov, entre autres, j’ai eu envie d’un retour aux racines, à mes origines en tant que Cambodgienne mais aussi en tant que danseuse.

En tant que chorégraphe internationale, que trouve-t-on de différent au Cambodge ?

La danse cambodgienne est tellement codifiée et demande un tel entraînement pour arriver à exécuter ses magnifiques poses, que les danseurs atteignent un très haut niveau. Ils sont très qualifiés mais aussi différents des danseurs entraînés en ballet classique ou en technique contemporaine. C’est cet entraînement qui m’intéresse, cette spécificité qui peut justement donner des choses très différentes de ce que nous avons l’habitude de voir en Europe ou aux Etats-Unis.

Comment le public accueille vos œuvres ?

L’accueil au Cambodge est souvent enthousiaste. Je pense que les gens ont soif de nouveauté, mais qu’ils aiment aussi la tradition et qu’ils y sont très attachés car c’est cette tradition qui les définit en tant que Cambodgiens. C’est chouette quand ils peuvent aussi se reconnaître dans des choses nouvelles, quand ils voient que leur patrimoine non seulement survit mais peut continuer à se développer dans plein de directions. C’est plus vivant. Et pour le public américain ou européen, c’est toujours exotique, mais peut-être moins lointain et inaccessible.

Quel est le sujet de Khmeropédies III ?

Khmeropédies est une trilogie, un exercice de danse en trois volets qui s’impose d’utiliser le vocabulaire de la danse khmère dans un contexte de danse contemporaine. Pour ce troisième volet, j’ai revisité le rôle du singe, le seul rôle joué par des hommes dans les ballets classiques. Je voulais revenir à un singe naturel, non codifié. Pour cela, j’ai travaillé avec un primatologue de Yale qui a montré la gestuelle des chimpanzés et bonobos aux danseurs qui l’ont reproduit. C’est aussi une réponse aux débats sur le créationnisme qui agite la société. Je voulais montrer à quel point l’homme est proche du singe.

Que représente la danse contemporaine ici ?

La danse contemporaine au Cambodge en est à ses tous débuts, elle existe depuis 5 ans tout au plus. Les financements sont très difficiles à obtenir. Tous les projets sont financés par des entités étrangères, pour la plupart des fondations. Il n’y a pratiquement aucun lieu pour répéter et créer. Et pourtant, des choses se font quand même, avec beaucoup de difficultés certes, mais l’envie est là. Les danseurs ne peuvent peut-être pas encore en vivre, mais quand un projet tourne cela rapporte quand même un salaire décent.

Quels espoirs pour la suite ?

L’idée de Khmeropédies a toujours été dès le départ de trouver une piste assez intéressante pour que les danseurs et futurs chorégraphes cambodgiens aient envie eux-mêmes d’explorer et qu’ils fassent fructifier leur héritage. Pour l’instant je cherche à faire produire le spectacle pour le vendre et pouvoir le présenter en tournée au Cambodge et à l’étranger. Je dois aussi le terminer, il manque encore des choses, mais j’ai déjà une autre idée de solo au Cambodge.

Review de la soirée de présentation de khmeropédies III en anglais sur le Phnom Penh Post.

Ballet Khmeropédies I et II en image :

Article écrit pour lepetitjournal.com